Deux albums aux illustrations sublimes… Le premier raconte l’histoire d’un jeune bélier qui rêve de liberté et part à la rencontre de ses frères sauvages. Le deuxième, est le périple d’une famille d’ours qui cherche un refuge. Mais l’ailleurs n’est jamais comme l’on croit, et la réalité rattrape les uns et les autres…
Mitoufle et les mouflons d’Orient, d’Amandine Laprun, Ed. Actes Sud Jeunesse
Mitoufle est un jeune bélier qui aime la castagne. Un peu turbulent, un brin rebelle, il fugue souvent, et finit par s’enfuir pour de bon alors qu’arrive le jour de la tonte. Ses premières rencontres avec une biche et son faon, puis des chamois, l’aident à se diriger vers ses frères sauvages, les mouflons d’Orient. Mais l’accueil n’est pas des plus chaleureux, et s’ils l’acceptent un temps, après une attaque du lynx et la perte d’un des leurs, c’est l’ensemble de la harde qui le rejette sans pitié : « ta présence nous met en danger ! Va vivre en liberté si tu veux, mais sans nous ! »… Mal adapté à cet environnement, « vagabond inconsolable », il reprend son chemin, sans savoir où aller, jusqu’au jour où il trouve enfin sa place, et l’amitié qui donne du sens à la vie. Les illustrations pleine page sont magnifiques, avec des couleurs très douces qui rendent cette quête moins douloureuse : la liberté a aussi le prix de la beauté ! Avec une chute qui conclut joliment sur l’idée qu’on peut « trouver sa place là où [on] ne l’avait pas cherchée ».
Koti, la grande aventure des ours, de Marlène Janin, Ed. hélium
Une pluie diluvienne tombe sur la forêt, et la montée des eaux inonde la caverne de cette famille d’ours, qui part alors à la recherche d’un nouvel abri. C’est dans une drôle de forme rouge et cubique qu’ils trouvent refuge. Ils vont alors de découverte en découverte, il y a tant d’objets étranges, comme des lunettes par exemple. Porter des lunettes ne leur est pas familier, « pas plus que de tomber sur des piles d’albums et de romans d’aventures »… Mais pour leur plus grand plaisir car « les ours sont de grands lecteurs, vous ne saviez pas ? ». Au fur et à mesure de leur séjour, nos ours apprivoisent toutes ces choses : une lampe pour se balancer, les casseroles pour faire de la musique, les meubles pour escalader… Ils apprennent à apprécier les grands bains et les bulles de savon, les lits douillets, comme les petits plats mijotés. C’est la belle vie, mais lorsque la pluie s’arrête enfin, les envies de grand air, de chasse au saumon, de roulades dans l’herbe, d’odeurs d’écorce de bouleau. Bref, la vie sauvage les appelle ! Drôle, avec cette impression d’un conte de Boucle d’Or inversé, mais aussi émouvant dans cette ode à la nature merveilleusement décrite et mise en images.
Marianne Baby
