Le temps du Capitaine Brett, de Blexbolex, Ed. La Partie
Un jeune garçon se retrouve en vacances chez un vieil oncle dans une ville inconnue. Peu à peu l’ennui le pousse à explorer une cité qui se révèle pleine de surprises. Embarqué malgré lui par une petite bande de voleurs dirigée par un mystérieux Capitaine Brett et bientôt poursuivie par la police fluviale, Hyeronimus n’arrêtera pas là sa quête d’émotions et de liberté… La curiosité l’emporte sur la sagesse, et le voilà cherchant à retrouver et punir ce pirate des villes. Racontée, bien plus tard, à la première personne par le personnage principal, l’histoire ne cesse de questionner le lecteur.
S’agit-il de rêves ? Qui est ce Brett, ce personnage à tête de mort : un fantôme, un revenant ? Il dit lui-même qu’il apparait pour combler le manque d’aventures, et il semble être central pour savoir ce qui est bien ou mal. Dans ce récit d’aventures les rebondissements entrainent du fleuve à une étrange base sous-terraine, d’un centre-ville aux maisons cossues à un quartier de grands immeubles : les magnifiques illustrations à la gouache nous invitent à se laisser porter par les péripéties, savourant les scènes de poursuite, de bagarres comme celles de déambulations ou de rencontres dans un format original du rapport texte-image. Un roman initiatique dont le héros semble traverser ces aventures comme pour sortir de l’enfance.
A lire et relire pour découvrir de nouveaux détails dans les illustrations, de nouveaux sens possibles, comme dans les grands récits d’enfance, celui du Petit Prince (dont la silhouette n’est pas sans rappeler le héros), ou d’Alice au pays des merveilles qui, elle aussi, rencontre des êtres étranges dans des lieux improbables.
Forbans !, de Renaud Farace, ill. Olivier Philipponeau, Ed. 3oeil
A bord d‘un galion, le jeune Duc Eric du Sudouest va célébrer ses noces avec la Comtesse Eléonore du Nordest. Mais cet évènement est interrompu par une attaque de pirates ! il s’avère que le Capitaine Barbe-en-Tas, père caché d’Eric, est bien décidé à récupérer son fils et à en faire un pirate, quel que soit son avis. Tout le monde finit par être embarqué dans une folle quête de la perle légendaire d’une île mystérieuse. Les péripéties s’enchaînent, faisant perdre le fil du récit, mais n’importe : il faut accepter de ne pas chercher le sens et de se laisser porter par le rythme du récit.
Les patronymes de ces personnages donnent le ton de cette BD dans laquelle le héros ne cesse d’essayer de débiner, s’inquiète pour sa promise, appelle sa mère, et sauve néanmoins sa tortue de compagnie. Les jurons sont particulièrement savoureux, les péripéties rocambolesques, avec un graphisme au trait simple et aux couleurs fluo. Chaque chapitre est (généralement) dessiné avec une seule couleur, qui fait contraste au noir et blanc. Les personnages, aux formes simples (genre patate) croisent toutes sortes de bestioles et de paysages, et on profite juste du graphisme original.
C’est touffu, drôle, avec les codes de la piraterie toujours détournés. Un ouvrage atypique à l’édition soignée, avec une reliure apparente, pour ceux qui sont curieux d’explorer une BD dont les auteurs font référence, en fin d’ouvrage, à l’OULIPO, et donnent des clés pour créer des mots-valises.
Marianne Baby
