Adapter pratiques et méthodes aux enjeux actuels
Dans un contexte de changements rapides au sein de notre société et qui se voit dans le comportement de nos élèves face aux apprentissages, il est important pour les enseignants d’adapter leurs pratiques et leurs méthodes pédagogiques afin de répondre aux enjeux actuels d’éducation et de formation. Cette démarche est stimulante et valorise notre sentiment d’accomplissement, plutôt que de se réfugier dans des certitudes d’un passé supposé meilleur où les élèves auraient été plus attentifs, studieux, sportifs et davantage en réussite.
Les enseignements sont cadrés par des programmes nationaux chargés, qui obligent les professeurs à aborder souvent rapidement des notions ou concepts en utilisant de la théorie et de l’abstrait et par voie de conséquence, cela maintient les élèves assis en classe à écrire et écouter, limitant ainsi leurs opportunités d’observation et d’expérimentation. Nous ne pouvons que constater que les élèves rencontrent de plus en plus de difficultés avec ce système pédagogique.
Par ailleurs, de nombreuses enquêtes révèlent également une diminution du niveau physique des élèves et une tendance plus accrue à la sédentarité.
Ce constat posé, cet article vise, non pas à énumérer les causes du manque de motivation des élèves, mais plutôt à présenter dans ce contexte, la naissance et le développement de nos classes à projets dites « classes explorateurs », et à apporter des témoignages. De plus, il vise également à en expliquer le fonctionnement afin d’inspirer éventuellement les collègues qui, s’ils le souhaitent, pourront adapter ce projet dans leur établissement.
L’idée de départ visait à créer une nouvelle dynamique tant pour les élèves que pour l’équipe pédagogique. L’objectif était de renforcer le lien entre les exigences scolaires et la motivation des élèves, en les rendant plus impliqués et acteurs de leurs apprentissages, et de leur permettre de vivre des expériences authentiques, tout en appliquant ce principe aux enseignants eux-mêmes.
L’équipe s’est constituée rapidement : deux professeures de SVT (dont une professeure principale de 6e), une professeure de physique-chimie, une de mathématiques, une d’EPS (également professeure principale de 6e) et une professeure documentaliste.
Contexte et environnement naturel du collège
Le collège René Goscinny de Vaires sur Marne en Seine et Marne (77), accueille un peu plus de 700 élèves situé.
Il est situé à proximité d’espaces naturels : les Bords de Marne, réserve naturelle, grands parcs, et la Forêt de Fontainebleau à 1h de route, avec une possibilité d’utilisation assez aisée des transports en commun.
Le thème s’est naturellement imposé : sciences, écologie et activité physique : emmener assez régulièrement les élèves en nature pour découvrir, observer et comprendre son fonctionnement, les sensibiliser au respect de la nature et développer leur goût de l’effort.
Lors de la première année, nos classes étaient appelées « classes natures ». Deux classes de 6e ont été ciblées, dont nous étions professeures principales. Le choix des élèves de participer à ce projet venait exclusivement des professeures. À l’issue du bilan de la première année, le projet s’est davantage orienté vers des activités scientifiques et sportives, créant même des vocations chez certains élèves.
Sous l’impulsion de notre direction, dès la fin de notre première année, le projet a été présenté aux écoles primaires du secteur. Cela a permis aux élèves de CM2 de choisir de s’inscrire afin de participer à ces classes de façon volontaire pour leur année de 6e, le reste des places étant complété par d’autres élèves. Le nom définitif, « les classes explorateurs », qui sous-entend chercher, observer, découvrir puis comprendre a alors été adoadopté.
Un projet en perpétuel mouvement mais des grands principes
Les élèves n’ont pas d’heures supplémentaires au collège mais des temps en dehors des « murs » du collège et un réinvestissement en classe.
Des sorties et un voyage en collectivité accompagnés par les professeures
4 sorties en plein air durant les belles saisons sous forme de randonnées à pied, à vélo et course d’orientation etc. en milieu naturel proche de l’établissement (bords de Marne, Parc de Rentilly, forêt de Fontainebleau), avec des observations actives de la part des élèves, grâce à l’utilisation de clefs de détermination, sur des thèmes ciblés : géologie, ornithologie, botanique, petits ananimaux.
Une sortie scientifique en hiver à Paris (palais de la découverte ou cité des sciences), en intérieur.
Un voyage de quelques jours en Auvergne pour s’éloigner de notre environnement habituel à la découverte des volcans (randonnées sur les volcans et visites plus culturelles et scientifiques : Vulcania entre autres).
Un exposé sur une observation d’un élément naturel lors d’une sortie en nature en autonomie (en famille ou autres), choisi par l’élève avec un travail de recherche pour rattacher au moins une anecdote scientifique sur cet élément avec en appui une photo personnelle prise de cet élément (nombre d’exposés = nombre d’élèves dans la classe).
Un suivi dans un cahier numérique : les élèves doivent le remplir au fur et à mesure de leurs aventures et découvertes pour centraliser les informations et fixer leurs connaissances.
Notre chronologie annuelle
Cette chronologie nous permet de maintenir la thématique des classes durant toute l’année scolaire et qu’il n’y ait pas une coupure lors de la saison hivernale où il est plus difficile de faire des sorties collectives en extérieur.
Quel bilan pour les élèves explorateurs ?
Il est difficile de quantifier les bénéfices d’un tel projet pour les élèves mais un certain nombre de constatations sont possibles.
Du point de vue des sciences et des connaissances, les élèves réinvestissent en classe (SVT et physique-chimie) ou en plein air les connaissances acquises en cours ou les observations réalisées à l’extérieur. Leurs connaissances en sciences sont élargies. Ils manipulent également avec intérêt du matériel scientifique tel que des jumelles et des loupes lors des activités en extérieur. Enfin, ils présentent leur exposé avec enthousiasme, éveillant l’intérêt de leurs camarades qui posent des questions.
Du point de vue de l’activité physique, les élèves sont actifs lors des sorties et physiquement engagés, appréciant l’espace naturel et expérimentant diverses activités physiques en s’adaptant aux contraintes de déplacement. Ils parcourent de longues distances à pied ou à vélo, souvent étonnés par leurs propres capacités physiques.
D’un point de vue social et global, les élèves et les parents témoignent d’une transition douce vers le collège. La création de souvenirs communs favorise le sentiment d’appartenance entre les élèves ainsi qu’entre les élèves et les enseignants. Beaucoup d’élèves manifestent l’envie de voir ce projet s’étendre sur davantage de niveaux.
Le respect des règles de sécurité et des règles collectives est impératif, et leur intérêt est compris par les élèves. Ils comprennent également l’importance de respecter les environnements naturels, notamment en suivant les chemins pour préserver la végétation, l’effarouchement de la faune et la géologie en en limitant l’érosion.
Des vocations dans les domaines scientifiques émergent, comme en témoignent les échanges entre les élèves et les professeures.
Et pour les professeures ?
Unanimement, nous avons beaucoup de satisfaction à nous investir dans les différentes actions qui jalonnent l’année des « classes explorateurs », la stabilisation de l’équipe sur plusieurs années en est une preuve. Chacune de nous apporte son expérience, ses compétences et connaissances, ses aspirations et sa personnalité.
Cela renforce la certitude que le travail en équipe est une composante indispensable du métier : il enrichit chacun, oblige également à se remettre en question et permet de construire des projets plus aboutis que nous ne l’aurions fait seules.
Enfin pour conclure
Les « classes explorateurs » apportent une approche pédagogique différente aux élèves, alliant apprentissages scientifiques, sensibilisation écologique et activité physique en milieu réel. Ce projet favorise autant l’épanouissement des élèves que celui des enseignantes, créant un environnement de curiosité, de collaboration et de respect.
Ce témoignage ne se veut pas être la description d’un projet « clef en main » mais plutôt le point de départ de pistes de réflexions à décliner localement pour des équipes pédagogiques qui auraient des sensibilités communes aux nôtres.
Odile Jodeau, (professeure d’EPS)
Agnès Casimir et Marine Bertram (professeures d’SVT)
Abir Ben Jedidia (professeure de Physique-Chimie)
Clémence Gellert (professeure de Mathématiques)
Virginie Lenfant (professeure documentaliste)
