Tests de condition physique ou d’éducation physique ?
L’évaluation en Éducation Physique et Sportive fait aujourd’hui l’objet de discussions nourries, notamment autour de l’usage croissant de tests de condition physique destinés à apprécier les capacités des élèves. Si ces dispositifs présentent l’avantage de produire des données objectivables et comparables, leur pertinence au regard des apprentissages réellement visés en EPS mérite d’être interrogée. En effet, mesurer des capacités physiques ne revient pas nécessairement à évaluer les compétences motrices construites dans les situations d’apprentissage. Dans un contexte marqué par des préoccupations croissantes en matière de santé publique, ces tests répondent surtout à des enjeux qui dépassent le cadre strictement scolaire. Dès lors, ne conviendrait-il pas de s’interroger sur les indicateurs utilisés pour apprécier l’impact de la discipline ? Et si l’engagement durable des jeunes dans la pratique sportive constituait un repère plus pertinent ?
Un débat animé existe aujourd’hui en Éducation Physique et Sportive (EPS) à propos de tests permettant d’apprécier les qualités physiques et motrices des élèves. Ceux-ci sont d’ailleurs parfois présentés comme des « tests d’éducation physique ».
Les tests en EPS : une logique d’évaluation standardisée
On peut imaginer qu’ils ont été envisagés selon une ambition comparable à celle des évaluations nationales de 6ᵉ organisées par le Ministère de l’Éducation nationale. Rappelons que ces dernières ont pour objectif de mesurer le niveau des élèves qui arrivent au collège. Les questions posées, dans les différents domaines disciplinaires, visent ainsi à apprécier les compétences des élèves.
Capacités physiques et compétences : un décalage avec les apprentissages visés
Les tests proposés en EPS privilégient l’évaluation des capacités physiques et motrices plutôt que celle des compétences culturelles. En effet, ces capacités constituent des ressources relativement stables et mesurables de l’action. Elles peuvent être objectivées à l’aide d’indicateurs quantifiables et comparables, ce qui facilite leur utilisation dans des dispositifs d’évaluation standardisés. À l’inverse, les compétences corporelles sont fortement contextualisées et reposent sur la mobilisation intégrée de plusieurs ressources dans une situation spécifique, ce qui rend leur mesure par des tests standardisés plus complexe.
Une question se pose : celle de la validité de ce que mesurent ces tests au regard de ce qui est réellement enseigné en EPS.
Pour apprécier la manière dont les élèves se situent par rapport aux apprentissages visés dans cette discipline, il conviendrait plutôt de les observer en situation d’activité, d’évaluer leurs compétences dans des tâches motrices authentiques et d’analyser leurs choix, leurs stratégies ainsi que leurs capacités d’adaptation aux situations rencontrées.
La vocation de ces tests pourrait alors être interprétée comme une tentative de déplacer les ambitions de la discipline vers des finalités davantage développementalistes. Toutefois, compte tenu du temps réel de pratique des élèves durant les cours, un tel projet apparaît fragile. Par ailleurs, peut-on imaginer, après les nombreux combats menés pour conférer à la discipline une véritable légitimité scolaire, que les enseignants d’EPS deviennent essentiellement des préparateurs physiques ?
En définitive, ces tests donnent parfois l’impression d’être présents en EPS pour d’autres raisons que celles consistant à aider les enseignants à ajuster, sur le fond, leurs enseignements.
Des tests inscrits dans un contexte de santé publique
Ces dispositifs s’inscrivent en effet dans un contexte marqué par des préoccupations croissantes en matière de santé publique, notamment face à l’augmentation de l’inactivité physique chez les jeunes. Dans cette perspective, les tests permettent de suivre l’évolution du niveau de condition physique des élèves, d’identifier d’éventuelles fragilités et de produire des données susceptibles d’alimenter les politiques de prévention. L’objectif poursuivi dépasse ainsi le seul cadre scolaire pour s’inscrire dans une problématique plus large de santé publique.
Vers une autre unité de mesure : l’engagement durable dans la pratique sportive
Dans ce contexte, il nous semble que l’Éducation Physique et Sportive vise notamment à favoriser l’adoption d’une pratique physique et sportive durable au-delà du temps scolaire. Le club sportif constitue à cet égard un espace privilégié dans lequel cette pratique peut se prolonger et s’accompagner d’effets développementaux multiples.
Des productions scientifiques mettent en évidence les bénéfices associés à la participation au sport organisé. En effet, la pratique en club est généralement associée à un niveau d’activité physique plus élevé et à de meilleurs indicateurs de santé chez les jeunes. Par exemple, certaines études montrent que les enfants et adolescents inscrits dans un club sportif sont significativement plus susceptibles d’atteindre les recommandations internationales en matière d’activité physique que les non-participants. D’autres travaux soulignent que la participation régulière à un club sportif contribue à limiter l’augmentation de l’indice de masse corporelle au cours de l’enfance et de l’adolescence. Ces résultats suggèrent ainsi qu’un niveau plus élevé de participation sportive organisée participe à la prévention du surpoids et de l’obésité chez les jeunes.
Dès lors, il apparaît pertinent de s’intéresser à l’évolution du taux de licenciés sportifs chez les jeunes. Un tel repère, suivi dans le temps et analysé en tenant compte de variables simples telles que l’âge, le sexe ou encore le statut socio-économique, permettrait d’appréhender plus directement la manière dont les élèves s’engagent durablement dans une pratique sportive en dehors du cadre scolaire.
Pour information, en France, la proportion de jeunes licenciés dans un club sportif est estimée autour de 50 %, ce qui situe le pays dans une position intermédiaire à l’échelle européenne. En effet, le taux d’adhésion à un club sportif varie sensiblement selon les pays, oscillant approximativement entre 30 % et plus de 70 %. Les pays d’Europe du Nord se caractérisent par des niveaux de participation particulièrement élevés, tandis que ceux d’Europe du Sud et d’Europe de l’Est présentent généralement des taux plus faibles.
Si cet indicateur était retenu comme référence, il permettrait de mieux articuler les données recueillies avec les ambitions réelles de la discipline. De dégager des profils d’élève et ceux qui sont à risques : primo-participant ; décrocheur. Il contribuerait également à inscrire l’EPS dans un cadre plus large de politiques publiques de santé et de promotion de la pratique sportive, en lien avec la situation sanitaire actuelle de la jeunesse.
Maxime Travert
