Pourquoi avoir choisi le street art comme point d’entrée pédagogique avec des élèves du premier degré en milieu rural ?
En milieu rural, les élèves ont un accès limité à la culture artistique. La sensibilisation à cette culture, la fréquentation d’œuvres et d’artistes est un véritable défi : les musées et les expositions sont éloignés et coûteux en termes de transport pour les classes. Peu de familles vont spontanément les visiter. Participer à un projet sur le street art permet d’impliquer fortement les élèves. En effet, dès qu’ils sont sensibilisés aux formes que peut prendre cet art urbain, ils peuvent l’observer dans leur environnement proche : un tag au bord de la route, des murs peints dans les villes les plus proches… Trouver du street art éveille la curiosité. Cela devient rapidement un jeu et les élèves se passionnent pour les techniques et les artistes étudiés en classe : Invader, Banksy, Tom Bob, Oak Oak… Les familles participent également avec un défi photos. La culture artistique revêt alors une forme concrète et accessible.
Quels étaient pour vous les objectifs prioritaires de Street@art ?
Je tenais avant tout à développer l’imagination et la curiosité des élèves mais également à enrichir leur culture artistique. Ainsi, ce projet eTwinning leur a permis de découvrir le street art par l’étude d’œuvres, d’artistes et de techniques. Les élèves ont également expérimenté différents matériaux et techniques pour leurs créations artistiques : le dessin, la peinture, la craie, le collage, le montage avec des matériaux recyclables… En parallèle des créations plastiques en classe, je leur ai demandé de poster sur l’ENT des photos d’œuvres de street art qu’ils seraient amenés à rencontrer. Ces photos ont été partagées avec nos partenaires européens au moyen d’une carte interactive.
Ce projet avait également pour objectif d’amener les élèves à développer des compétences linguistiques en anglais et le projet les a mis en situation réelle de communication avec les partenaires.
Enfin, je souhaitais susciter chez mes élèves un questionnement autour des valeurs de droit et de liberté : Pouvons-nous peindre sur les murs à notre guise ? Où se situe la frontière entre l’art et le vandalisme ? Que dit la loi en France ? Dans les pays partenaires ?…
Comment avez-vous mené vos élèves à transformer leur regard sur leur environnement quotidien, et ainsi « rendre l’ordinaire extraordinaire » ?
Les défis collaboratifs proposés dans le cadre du projet ont fortement mis en jeu l’imagination et la créativité des élèves. En effet, pour chaque défi proposé les élèves devaient observer leur environnement afin de proposer des supports intéressants pour leurs correspondants européens : avant de proposer une photo, ils devaient eux-mêmes imaginer des transformations possibles. A l’inverse, ils devaient créer des œuvres à partir des photos de leurs partenaires. Ainsi, une simple lézarde dans un mur est devenue un horrible monstre, un banc est devenu une station connectée…
En quoi la collaboration avec les partenaires européens a-t-elle enrichi les apprentissages et l’ouverture culturelle des élèves ?
Le fait de participer à des défis collaboratifs a stimulé les élèves : ils devaient observer finement leur environnement immédiat, se mettre à la place des partenaires, prendre des photos permettant la création de leurs correspondants… De plus, les productions plastiques à partir des photos reçues par les autres pays étaient réalisées avec soin, les élèves ne souhaitant pas décevoir leurs pairs. La réception des photos permettait de connaître l’environnement immédiat des partenaires, leur culture et donnait lieu parfois à des recherches Internet sur une œuvre ou un monument.
En quoi ont consisté les défis collaboratifs ?
« Monsters are around us » transforme les élèves en explorateurs urbains : à partir de détails glanés dans leur environnement proche (grilles, fissures…), ils déclenchent à distance la création de créatures imaginaires par leurs partenaires. Avec « Open your eyes, open your mind », un simple élément de mobilier urbain devient le point de départ d’une projection vers le futur, dessinée ou maquettée par une autre classe. « Colour invades space » fait dialoguer les mots et les couleurs à travers la réalisation de fresques collectives intégrant les propositions de chacun. Enfin, « Invaders » joue sur la reproduction de motifs quadrillés, recomposés en mosaïques de papier coloré par les partenaires.
Je pense que le défi « Monsters are around us » est celui qui a le plus permis aux élèves de laisser parler leur imagination et d’expérimenter la collaboration. Avec les élèves partenaires, d’abord, puisqu’il fallait envoyer des photos du village et travailler sur les photos reçues ; mais également au sein de la classe car les élèves travaillaient sur un même espace en groupe. Pour ce défi, ils ont travaillé à partir des photos des partenaires mais également in situ. En effet, un second défi consistait à réaliser en groupe un monstre grandeur nature avec des matériaux recyclables. Les élèves ont ainsi pleinement expérimenté la collaboration : conception du monstre, choix des matériaux, mesures, mise en œuvre…
Comment le numérique a-t-il soutenu les apprentissages sans perdre le pas sur la démarche artistique ?
Les outils numériques ont essentiellement servi pour la communication et la valorisation : ils ont permis les échanges de photos ainsi que le partage et la valorisation des productions plastiques (musée virtuel, livre numérique). Mes élèves ont également appris à créer un avatar pour se présenter ce qui a permis d’aborder le thème de la sécurité sur Internet.
Quels progrès concrets avez-vous observés chez vos élèves, notamment en expression orale, en confiance ou en engagement ?
J’ai pu constater que mes élèves étaient très engagés dans le projet. Ils étaient toujours motivés à l’idée de démarrer un nouveau défi, de partager des photos de leur environnement. Ils étaient curieux de l’environnement des autres, cherchant toujours à avoir des photos des pays partenaires. Lors de notre street tour dans Toulouse, ils étaient très attentifs et curieux, posant de nombreuses questions à notre guide et heureux de reconnaître des œuvres étudiées en classe comme les « Space Invaders » par exemple.
Quel regard les familles ont-elles porté sur ce projet et ses effets sur leurs enfants ?
A l’issue du projet, nous avons proposé un questionnaire d’évaluation aux familles. Celui-ci a montré que, d’après les parents, le projet a eu un impact positif fort sur leurs enfants. Ils estiment que le projet leur a permis de développer leurs compétences artistiques et linguistiques ainsi que d’accroître leurs connaissances sur le street art. Ils ont constaté que les enfants étaient enthousiastes à l’idée de partager le projet à la maison. Ils apprécient globalement l’idée que leurs enfants participent à des projets eTwinning car cela leur permet d’élargir leur culture.
Les labels de qualité et le concours national sont pour moi une reconnaissance et une valorisation du travail mené avec les élèves. De plus, ces récompenses mettent en lumière le projet car il est relayé par le bureau national sur les réseaux sociaux, lui offrant ainsi une plus grande visibilité. Je suis très enthousiaste à l’idée de pouvoir partager ce projet et peut-être inspirer d’autres enseignants !
Quelle serait, selon vous, la clé de réussite pour un enseignant qui souhaite se lancer dans un projet eTwinning ambitieux au primaire ?
Lorsqu’on se lance dans un premier projet eTwinning, il me parait essentiel de le faire avec l’accompagnement d’enseignants expérimentés. Les forums de recherche de partenaires permettent de rejoindre des projets avec des enseignants rompus à l’usage de la plateforme et qui n’hésitent pas à aider les débutants.
Concernant la conduite du projet, il est essentiel de bien le structurer dès le départ avec des objectifs et un calendrier bien définis afin d’être sûr de le mener à son terme. Enfin, une bonne communication entre enseignants partenaires est essentielle.
Propos recueillis par Anthony Riou et Jean-Michel Le Baut
Le livre numérique sur les monstres
