En ce jour de grève, dont un des appels concerne la revendication d’un autre budget pour l’Education nationale, c’est l’occasion de se pencher sur le vécu au travail des personnels du 2nd degré. Que nous révèle l’enquête de la Depp publiée cet été ? 3 personnels sur 4 estiment exercer un métier utile mais non rémunéré à sa juste valeur. La question de la dégradation des conditions de travail est également présente : 4 personnels sur 10 estiment être prêts à exercer le métier jusqu’à là retraite.
Fortes disparités des ressentis
Surprenant ou non, la note de la DEPP publiée en juillet 2025 dresse un tableau contrasté du vécu professionnel des personnels du second degré. Il montre des fortes disparités dans le ressenti des personnels selon le type d’établissement Si 72 % des personnels estiment exercer un métier utile, ils ne sont que 22 % à se sentir rémunérés à leur juste valeur.
Les conditions de travail varient fortement selon les contextes. Le secteur privé sous contrat est perçu comme plus favorable, tandis que le climat scolaire est jugé plus difficile en éducation prioritaire : seul un tiers des personnels de REP considère le climat propice aux apprentissages, contre 57 % dans les collèges publics hors REP, et 80 % dans le privé.
Des conditions de travail qui se dégradent : 4 personnels sur 10 prêts à exercer le métier jusqu’à la retraite
40% des personnels interrogés se disent capables d’exercer leur métier jusqu’à la retraite. La moitié d’entre eux estime manquer d’informations claires et suffisantes (-15 points). La dégradation perçue par les personnels concerne également le sentiment du collectif, de ne pas être exploités ou dépassés par des changements. Seule 1 personne sur 2 estime avoir le sentiment de disposer du temps suffisant pour exercer ses missions.
Les personnels de direction sont les plus critiques sur leur charge de travail, seuls 28 % déclarant disposer de temps suffisant pour leurs missions contre plus globalement, 40 % des personnels.
Moins d’1 personnel sur 4 estime être rémunéré à sa juste valeur
Si près de 3 personnels sur 4 estiment exercer un métier utile, ils sont autant à penser que la rémunération n’est pas à la hauteur.
9 personnels sur 10 disent se sentir respectés par les élèves et en sécurité.
9 personnels sur 10 disent se sentir respectés par les élèves et en sécurité. Les atteintes subies concernent avant tout des comportements de mépris, d’arrogance ou de contestation de l’autorité, notamment chez les enseignants (29 %). La violence physique reste marginale (4 %). Le respect par les élèves et le sentiment de sécurité restent toutefois élevés, avec 9 personnels sur 10 s’en déclarant satisfaits.
29% des enseignants rapportent avoir connu au moins « une situation de refus ou de contestation d’enseignement ou d’exercice ». Seuls 4% des personnels « indiquent avoir été bousculés intentionnellement, frappés, ou blessés au cours de l’année scolaire ». Ces atteintes touchent davantage les établissements REP et publics
Un climat d’apprentissage qui se dégrade
Par rapport à l’enquête précédente réalisée 5 ans auparavant, le climat d’apprentissage est perçu de manière plus négative par les professeurs. La note de la Depp relève qu’ils sont « 56 % à estimer que les élèves apprennent bien dans leur établissement (contre 71 % à 79 % parmi les autres catégories de personnels) ».
Seul 1 personnel sur 3 juge le climat favorable aux apprentissages des élèves en REP
Un écart dans le ressenti des personnels selon les secteurs public-privé et éducation prioritaire et hors-REP est notable. En éducation prioritaire, le climat d’apprentissage n’est évalué positivement que par un tiers des personnels contre plus de la moitié (57%) dans les collèges publics. Pour 1 personnel sur 2 des collèges REP, les règles de vie collective sont respectées (contre 61% dans les collèges publics hors EP, et 82% dans les collèges privés sous contrat).
Dans le secteur privé, ce sont 8 enseignants sur 10 qui estiment le climat favorable aux apprentissages scolaires. Les auteurs de la note précisent toutefois que « les écarts observés entre établissements publics et privés sous contrat peuvent être liés à des différences entre les profils des élèves et des personnels qui y exercent, et à des différences de conditions d’accueil des élèves ». Les élèves scolarisés dans les établissements privés sous contrat sont en effet des élèves plus favorisés socialement comme le montrent les écarts des IPS. La note ne caractérise pas explicitement la différence « sociale » entre les établissements publics et privés. Mais elle précise que tous les types personnels des établissements privés sous contrat n’ont pas été enquêtés « en raison de contraintes méthodologiques », et que seuls les professeurs ont répondu aux questions.
Un énième constat clair : les professionnels de l’éducation restent engagés, mais restent en attente de plus de reconnaissance et de moyens.
Djéhanne Gani
Le vécu au travail des personnels du Second degré en 2023-24, Note d’Information, n° 25-47, DEPP (Radé É., Rakotobe M., Simon C., Traore B., 2025, « Le vécu au travail des personnels du second degré, en 2023-2024 »)
