Qu’est-ce que le groupe Coopér@ction de l’AE-EPS ?
Le groupe Coopér@ction est né il y a une dizaine d’années, quand des enseignants ont choisi de placer la coopération au cœur de leurs pratiques pour répondre aux besoins des élèves, dans des classes souvent nombreuses et hétérogènes, parfois traversées par des tensions relationnelles. Ancré d’abord dans la région Orléans-Tours, il est devenu en 2019 un des groupes ressources nationaux de l’AE-EPS (Association pour l’enseignement de l’EPS).
Il réunit aujourd’hui 39 membres, enseignants du secondaire ou du supérieur, dont beaucoup sont aussi formateurs. L’EPS occupe une place centrale, mais la pluridisciplinarité fait partie de l’ADN du groupe : dès l’origine, des collègues de mathématiques, d’histoire-géographie, de SVT, de technologie ou encore d’anglais ont rejoint l’aventure.
Le choix de son nom traduit bien son identité. La coopération d’abord, conçue à la fois comme un objectif – apprendre à vivre et travailler ensemble – et comme un moyen – rendre les apprentissages plus efficaces. L’action ensuite, qui souligne le rôle actif confié aux élèves et la dimension motrice de notre discipline. Enfin, l’« @ », clin d’œil assumé à un monde numérique en pleine mutation, qui transforme le rapport des jeunes au savoir, à l’école et à la société.
Pourquoi un ouvrage sur la coopération ?
L’ouvrage poursuit deux ambitions complémentaires : proposer des situations concrètes, directement issues du terrain, et offrir des éclairages théoriques pour en analyser les fondements et les enjeux. Le livre associe ainsi la force de l’expérience vécue et la distance d’analyse pédagogique, scientifique, philosophique ou institutionnelle.
Il s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à l’éducation : étudiants en formation, candidats aux concours, enseignants, formateurs, chercheurs et à tous les acteurs du système éducatif. Notre intention est que le lecteur puisse y trouver une articulation forte entre théorie et pratique, des regards pluriels et des outils mobilisables et transposables dans différents contextes d’enseignement. Un ouvrage pour agir, réfléchir et transformer, pensé pour accompagner le quotidien des classes et ouvrir des perspectives vers une école plus coopérative et plus fraternelle.
« Et c’est en empruntant ce passage qu’a si bien ouvert cet ouvrage que l’on peut espérer construire demain une société plus fraternelle. » (Philippe Meirieu)
Comment cet ouvrage articule-t-il pratique et théorie ?
Les propositions réunies dans l’ouvrage renvoient toutes sur le cadre théorique Coopér@ction, qui articule trois piliers – disciplinaire, pédagogique et psychosocial – complétés par un principe de synergie collective. Ce cadre définit ce qui, selon nous, est impérativement à penser par les enseignants s’ils souhaitent dépasser la simple bonne intention. Il invite à penser des contenus exigeants, à proposer des organisations pédagogiques structurées, à développer les compétences psychosociales des élèves et à œuvrer collectivement pour construire un véritable écosystème éducatif. Ce cadre n’est bien sûr qu’une modélisation simplifiée de la réalité, mais il reste à notre sens un repère solide pour donner cohérence et profondeur aux expériences présentées.
La première partie rassemble plus de trente propositions pratiques. Elles couvrent tous les niveaux scolaires, de la maternelle au lycée, et, pour l’EPS, l’ensemble des champs d’apprentissage. À l’école primaire, les jeux coopératifs offrent une première expérience du « faire avec » et permettent d’apprendre à agir pour et avec les autres. Au collège, la coopération prend des formes multiples : un Ekiden où le projet individuel s’inscrit dans une aventure collective, des défis en acro-break qui stimulent la créativité, la coopétition en course d’orientation ou encore le co-repérage en handball. En sports de raquette, la gestion des émotions devient un levier pour « faire briller son partenaire » en double. Au lycée, d’autres dispositifs explorent les parcours d’apprentissage coopératif en athlétisme, l’adaptation du jeu collectif pour inclure des élèves allophones grâce au cécifoot ou encore la méthode Jigsaw utilisée en mathématiques.
Enfin, plusieurs projets impliquent toute la communauté éducative pour illustrer comment construire des écosystèmes éducatifs : végétalisation d’une cour, dispositifs de médiation entre élèves, élection sans candidat, conseil de classe coopératif, ou encore tutorat au lycée pour organiser le soutien scolaire.
Ces propositions ne sont pas des modèles clés en main, mais des sources d’inspiration à adapter selon les contextes.
La seconde partie réunit huit contributions théoriques, rédigées par des chercheurs et des experts. Leur force tient au croisement des regards puisque les propos et analyses menées s’ancrent dans les illustrations de la partie 1. Elles éclairent ainsi l’histoire et les enjeux contemporains de la coopération, interrogent les conditions pédagogiques de sa mise en œuvre, le rôle de l’enseignant, le développement des compétences psychosociales et la collaboration entre adultes. Il faut noter que les auteurs de la partie 1 proposent aussi des analyses réflexives. Ils font également des liens vers la théorie et renvoient parfois aux articles de la partie 2. Le livre est donc conçu comme un dialogue et c’est cette circulation permanente entre théorie et pratique qui fait l’identité et la richesse de l’ouvrage.
Quels enjeux sociétaux et éducatifs derrière la coopération ?
Coopérer à l’école n’est pas un supplément d’âme, mais une nécessité éducative et sociétale comme l’explique très bien Philippe Meirieu dans sa postface. L’École a pour mission de former des citoyens capables de vivre et d’agir ensemble : or, dans une société marquée par l’individualisme, les inégalités et la fragmentation du lien social, il devient essentiel de construire une culture et des valeurs communes. La fraternité, valeur au cœur de notre projet, ne se décrète pas : elle se vit et s’apprend. La coopération en est un moyen privilégié. Elle peut ouvrir la voie à la confiance mutuelle, à l’accueil des différences et à l’expérience concrète de l’ « apprendre ensemble ». Et face aux crises démocratiques, écologiques ou sociales, apprendre à coopérer dès l’école, c’est donner aux jeunes les ressources pour relever collectivement ces défis pour répondre aux enjeux du monde contemporain.
Mais la coopération n’est pas seulement un horizon éducatif : elle agit aussi comme un puissant levier pédagogique. Elle stimule les interactions, capte l’attention, favorise la confrontation des points de vue. Elle permet d’apprendre plus, d’apprendre mieux. Les recherches l’ont bien établi maintenant : apprendre ensemble est plus efficace. Des conditions sont toutefois nécessaires et cet ouvrage tente d’en identifier un certain nombre. Ainsi, chaque auteur a fait l’effort de formuler des conseils clés, jugés fondamentaux pour faire vivre cette pédagogie et en particulier pour réussir à conjuguer objectifs disciplinaires et objectifs éducatifs. Comme Philippe Meirieu l’a récemment rappelé dans un article publié dans Le Monde : « […] il faut s’opposer résolument à la dissociation de la transmission et de la socialisation, fût-ce au nom d’une hypothétique efficacité technologique. C’est pourquoi il nous faut chercher résolument les moyens de les associer dans le même acte, quitte à tâtonner, pour faire droit, en même temps, aux différences qui nous singularisent et au commun qui nous unit. » (Meirieu, 16 septembre 2025)
Propos recueillis par Djéhanne Gani
Ouvrage sur le site de l’AE-EPS
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En savoir plus sur le groupe Coopér@ction :
Lien vers la page du groupe sur le site de l’AE-EPS.
Lien vers l’article publié lors de la création du groupe
Lien vers le cadre théorique augmenté du groupe
