Qui se souvient des ENNA ? L’historien Claude Lelièvre nous rappelle l’existence de ces écoles normales nationales d’apprentissage et leur « volonté de former ensemble effectivement des enseignants de matières différentes qui sont destinés à prendre leurs fonctions dans le même type d’établissement ».
D’abord créées en novembre 1945 sous le nom d’écoles normales professionnelles (ENP), les ENNA (écoles normales nationales d’apprentissage) méritent le détour historique car elles ont offert avant leur intégration dans les IUFM en 1991 un type de formation professionnelle d’enseignants qui peut encore être intéressant à considérer.
Les ENNA se sont en effet distinguées sensiblement d’autres dispositifs de formation d’enseignants par quelques aspects qu’il est sans doute bon de rappeler.
D’abord la volonté de former ensemble effectivement des enseignants de matières différentes qui sont destinés à prendre leurs fonctions dans le même type d’établissement (collège d’enseignement technique, appelé ensuite lycée professionnel). C’est l’établissement affectataire qui doit fonder et fonde explicitement l’homogénéité de la formation entre les différentes composantes professionnelles.
Ensuite, le fort accent mis sur la composante pédagogique. C’est sans doute les particularités scolaires, sociales et culturelles des élèves auxquels les enseignants de CET ( puis LP) doivent s’adresser qui tendent à mette l’accent sur cette dimension dans la formation des enseignants à l’ENNA (mais ce pourrait être une leçon à méditer pour tout le monde)
Enfin, un corps spécifique de formateurs recrutés à partir de 1947 sur concours dans les différentes matières (générales ou technologiques correspondant aux formations mises en place), mais aussi dans une discipline transversale : la psychopédagogie.
Au milieu des années 1980, ce corps des professeurs d’ENNA est mis en extinction, ce qui signe la mort de l’institution ENNA avant même sa disparition lors de la création des IUFM en 1991.
Au début, la formation en ENNA ne dure que quatre mois et concerne essentiellement les personnels en place dans les anciens centres de formation professionnelle. A partir de 1950, il s’agit d’une formation d’un an qui recrute sur concours des professeurs d’enseignement général (au départ des instituteurs titulaires), d’enseignement technique théorique et d’enseignement pratique (les PTA, qui n’obtiendront le statut de fonctionnaire qu’en 1953).
Pour ces deux dernières catégories, les candidats au concours d’entrée en ENNA doivent posséder cinq ans d’expérience professionnelle (qui peut être une expérience d’enseignement pour les professeurs des matières théoriques).
Peu à peu les conditions de recrutement à la formation en ENNA et la durée même de cette formation vont évoluer en raison de l’évolution des lycées professionnels (de la préparation du CAP à celle du BEP puis finalement du bac professionnel). La durée de quatre mois de formation du début passe à un an dès 1950 puis à deux ans à partir de 1980.
Claude Lelièvre
