Naissance du projet
Lors d’un point sur les conflits rencontrés dans l’école, Muriel Papa, directrice de l’élémentaire Charles De Bordeu de Mourenx (64) et Kristell Demoulin, coordonnatrice ULIS, se rendent compte que beaucoup de ces situations sont liées à une incompréhension des situations de handicap de certains élèves, d’une méconnaissance des symptômes et de leurs causes. C’est le point de départ de la mise en œuvre d’un projet : « L’inclusion au travers de la culture et du vivre ensemble ».
« Cela a été une décision d’équipe » explique Muriel, « cela nous a semblé être une réponse éducative à une recrudescence de stigmatisations ou d’incompréhensions face à certains comportements difficiles, identifiés médicalement ou pas, et qui inquiètent souvent les élèves ou les parents.» Habituées à travailler avec l’Equipe mobile d’appui à la scolarisation (EMAS) sur le climat scolaire de cette école de REP, les deux collègues prennent attache avec Amandine Douat et Stéphanie Saint Pé, deux éducatrices du dispositif.
Rapidement, la volonté de sensibiliser les élèves à différents types de handicap, d’offrir un espace de parole aux familles et d’encourager l’empathie et le respect de l’autre à travers l’art, le sport et la littérature font consensus. Les actions envisagées s’enchaînent : ateliers de sensibilisation dans les classes autour des émotions grâce à la lecture d’albums, projection d’un film documentaire sur la trisomie 21, débats mouvants sur des questions liées aux préjugés sur le handicap, café des parents avec des témoignages de familles concernées…
Une ribambelle de partenaires
Et puis vient l’idée de se saisir de la journée internationale des personnes handicapées le 3 décembre. C’est alors un partenariat avec de nombreuses structures spécialisées des Pyrénées Atlantiques qui se met en place autour de divers ateliers. Le CRAPS (association gérant les structures travaillant avec les élèves en situation de handicap), divers SESSAD (déficients visuels, déficients auditifs, autistes), un IME, l’association ARIMOC (pour accompagner des personnes atteintes d’un handicap moteur), Handi’ressources, le Sport adapté ou encore l’Institut du travail social de Pau adhèrent au projet et se proposent pour animer une grande journée de rencontres le 2 décembre (puisque le 3 il n’y a pas classe).
Pour les élèves, c’est l’occasion de découvrir le braille, de faire des parcours sensoriels ou en canne, de parler du handicap à travers des jeux de l’oie, des 7 familles ou d’un escape game, mais aussi de débattre sur la différence, l’entraide ou le respect de l’autre dans toutes ses singularités.
« Ces ateliers ciblent le handicap, mais c’est aussi l’occasion de lutter contre toutes les discriminations et stigmatisations » précise la directrice qui pointe le soutien de l’EMAS comme indispensable. « Le travail de sensibilisation préalable commence déjà à porter ses fruits : lorsqu’un enfant est insulté des discussions sont instaurées avec les élèves, y compris les témoins silencieux. Plusieurs élèves confient leur prise de conscience des particularités des uns et des autres ou refusent ces discriminations qu’ils jugent méchantes. »
Un fil rouge sur toute l’année
Evidemment, si cette journée rassemble plus de 110 élèves et une diversité d’acteurs et actrices de l’éducation (des éducateurs et éducatrices, PE, membres du RASED, AESH de l’école), le projet ne s’arrêtera pas en si bon chemin.
Dès janvier les élèves iront visiter l’exposition « Change ton regard » de la photographe Alexandra Sarragot, vingt portraits de femmes et d’hommes porteurs de handicap visible ou invisible. Avec la perspective de produire et exposer eux-mêmes des œuvres sur ce thème. Puis ils iront voir le documentaire Le petit chasseur de fantôme, l’histoire de Tom, enfant atteint du syndrome d’Asperger. Ils espèrent également interviewer des sportives et sportifs porteurs de handicap pour les partager ensuite dans « Ecolalire », le journal du REP. Les albums de littérature jeunesse donnant à voir l’adelphité tels que La petite casserole d’Anatole, Biglouche ou Marcel et Hugo jalonneront les temps de lecture en classe.
« C’est un fil rouge sur toute l’année et il y aura des prolongements réguliers », s’enthousiasme Muriel. « Entrer par la culture, c’est aussi un moyen de cultiver sa sensibilité… à l’art et à l’autre.»
Cerise Lenoir
