Des facteurs de réussite divers
Six lycées de la défense (appelés aussi militaires) sont actuellement répartis sur l’ensemble du territoire français : les lycées militaires d’Aix-en-Provence (13), Autun (71), Saint Cyr (78) et naval de Brest (29) ; le Prytanée national militaire de La Flèche (72) et l’École des pupilles de l’Air de Montbonnot Saint Matin (38). Deux missions, rappelle le rapport, leur sont dévolues : « une mission d’aide aux familles de militaires pour les classes du secondaire et, pour les classes d’enseignement supérieur, une mission d’aide au recrutement dans les armées ».
Etablissements d’enseignement général et/ou technologique, ils accueillent, du collège aux classes préparatoires, près de 4 500 élèves et sont particulièrement performants en termes de réussite scolaire.
Le rapport identifie un certain nombre de facteurs expliquant ces résultats : un système de sélection à l’entrée « très orienté sur le dossier scolaire des élèves », un cadre miliaire qui entretient « une discipline et une dynamique studieuse », des activités périscolaires nombreuses, la présence « d’infrastructures conséquentes »… A noter que les personnels enseignants et éducatifs (un peu plus de 400), détachés de l’Education nationale, sont par ailleurs recrutés, « directement par les établissements, soit le chef de corps et le proviseur », autre facteur à prendre en compte ? La Cour des comptes n’émet pas d’hypothèses particulières à ce sujet.
En particulier liés à des conditions d’encadrement « très favorables »
Mais s’ajoutent surtout, à cette liste des « conditions d’enseignement et d’encadrement remarquables », que l’on qualifiera volontiers d’exceptionnelles : classes à effectifs limités (environ 25 élèves par classe dans le secondaire, 29 en CPGE), taux d’encadrement pédagogique et militaire élevé (3,5 élèves par encadrant civil et militaire et un enseignant pour 10,9 élèves, contre 13 dans la moyenne des pays de l’OCDE et 15 en France).
Comment est-ce possible ? Les établissements de la défense relèvent du ministère de l’Education nationale pour « leur mission d’enseignement public et l’application des programmes d’enseignement » mais ne sont pas financés sur des crédits émanant de celui-ci. Si ce statut particulier, « assimilable à celui d’une unité militaire », ne leur permet pas de bénéficier par exemple de financement des collectivités territoriales, en revanche il les assure de « la présence d’un personnel nombreux, tant civil que militaire » qui offre un taux d’encadrement de leurs « élèves très supérieur à ceux des autres établissements d’enseignement public » indubitablement favorable à leur réussite.
Et nettement supérieures qu’au sein de l’Education nationale
Ainsi dans chaque lycée, en sus du personnel encadrant civil, « environ 60 militaires, en poste pour une durée de trois à cinq ans, participent à l’encadrement des élèves ». Ce taux est donc nettement plus élevé qu’au sein de l’Education nationale : en moyenne un adulte pour 3,5 élèves (toutes classes confondues) si l’on prend en compte l’ensemble des personnels civils et militaires. Le rapport précise qu’ « à certains moments de la journée dans certains lycées, il peut même atteindre un adulte pour 2 élèves ». Et pour ce qui est de l’encadrement enseignant à strictement parler, « le nombre d’élèves par classe est de 10,9 en moyenne » contre 21,5 élèves, à la rentrée 2023, pour un·e enseignant·e dans l’enseignement secondaire public français. Difficile de rivaliser …
Le rapport évoque aussi un accompagnement « systématique » aux devoirs, voire un soutien supplémentaire proposé aux élèves. Ce dernier peut être assuré par le corps enseignant, mais aussi par des élèves des classes préparatoires, ou sous forme de « tutorat des élèves les plus âgés vers les plus jeunes ». En outre, souligne la Cour des comptes, chaque lycée accueille « des polytechniciens en stage une partie de l’année » qui proposent du soutien, prioritairement aux élèves du supérieur « mais parfois aussi pour ceux du secondaire. » N’en jetez plus, la cour d’école est pleine ! On ne s’étonnera donc pas que les élèves aient déclaré à la commission se sentir « encouragés au travail et bien accompagnés sur le plan scolaire »…
Pour la réussite de tous et … de toutes ?
Le recrutement des élèves s’effectue sur dossier scolaire, mais s’appuie aussi sur un principe de répartition des effectifs selon trois groupes : enfants de militaires (pour 70 % au moins des places), enfants de fonctionnaires (pour 15%) ; et, depuis le plan « Égalité des chances » de 2008, élèves boursiers ne relevant d’aucun de ces groupes (pour 15%). Sont aussi pris en compte plusieurs critères familiaux permettant une meilleure représentation d’enfants de familles nombreuses ou monoparentales. Mais la Cour des comptes pointe un certain nombre de mécanismes qui font obstacle à cette politique de mixité et soutien aux familles.
Dans les faits, elle a ainsi constaté que le « pourcentage d’élèves issus du groupe I est plus important, et en nette augmentation, que le minimum de 70 % dans cinq des six établissements » et qu’a contrario « les taux de lycéens issus du groupe III sont, eux, très significativement inférieurs au taux de 15 %. » De fait, plusieurs systèmes de pondération, peu transparents, laissés à la liberté d’appréciation des établissements et de leurs tutelles, ont progressivement réduit la place des critères sociaux dans les procédures de sélection des dossiers. Leur poids est même devenu « marginal », selon le rapport, au regard de celui accordé désormais aux résultats scolaires. En termes d’égalité des chances et de mixité sociale, on semble s’éloigner de plus en plus des objectifs du Plan de 2008.
D’autant qu’un large ensemble de familles, bien au-delà des critères sociaux le justifiant, bénéficie « de frais de pension et de trousseau peu élevés », eux-mêmes diminués par un dispositif de remises au caractère social très peu exigeant. Ainsi, alors que près de 75 % des parents des élèves du lycée militaire de Saint-Cyr appartiennent aux groupes socio-professionnels les plus favorisés, « seuls 13 % de l’ensemble des élèves s’acquittent de l’intégralité des frais de scolarité et de trousseau ».
Ce mécanisme est de plus, lui-même, « cumulable avec les bourses de l’éducation nationale ». Pour la Cour ce « surcoût annuel d’environ 4 M€ pour le ministère des armées, soulève des enjeux d’équité ». Il introduit en effet « une rupture d’égalité entre les boursiers » selon qu’ils soient scolarisés ou non dans un lycée de la Défense.
Le rapport souligne par ailleurs l’insuffisance des résultats en matière de féminisation, concernant tant l’encadrement que les effectifs (seulement 41 % à Aix ; 34 % à Autun ; 38 % à Saint-Cyr ; ou encore 46 % Lycée Naval). Cette féminisation était pourtant appelée de ses vœux par un « Plan d’excellence comportementale » mis en place en 2018. Elle apparaissait en effet comme un élément susceptible de promouvoir la mixité et de lutter contre des comportements, notamment sexistes, qui se développent depuis une vingtaine d’années et inquiètent la chaine hiérarchique.
Si dans les établissements de défense la réussite n’est pas la réussite de tous, elle est encore moins la réussite de toutes…
Claire Berest
Les lycées de la défense : rapport de la Cour des comptes.
