Des résultats contrastés : pas d’amélioration du climat scolaire, mais une évolution positive du sentiment d’appartenance
Que disent les résultats de la première évaluation du service statistique du ministère de l’Éducation nationale, menée avec FORS-Recherche Sociale et publiée mardi 13 mai sur l’expérimentation de l’uniforme ?
Dans le premier degré, les trois quarts des directeurs d’école déclarent une évolution positive du sentiment d’appartenance depuis la mise en place de l’uniforme. Un peu plus d’un tiers (36 %) signalent une amélioration du climat scolaire. Dans le second degré, sur les 22 établissements expérimentateurs, 16 chefs d’établissement ont répondu : 13 font état d’une évolution positive du sentiment d’appartenance et 11 constatent une amélioration du climat scolaire.
Les effets sur la scolarité restent toutefois limités. Sept chefs d’établissement jugent positive l’évolution de l’ambiance de travail, mais ils ne sont plus que cinq à percevoir une amélioration des acquis scolaires.
Le respect de la règle ne traduit pas nécessairement une adhésion des élèves à l’uniforme. Celui-ci reste majoritairement peu apprécié, avec un rejet qui s’accentue avec l’âge. À l’école primaire, 57 % des élèves déclarent ne pas aimer le porter, une proportion qui passe de 33 % en CP à 69 % en CM2. Au collège, les critiques sont encore plus marquées : 63 % des élèves disent ne pas se sentir bien dans leur tenue, et 62 % considèrent qu’elle n’est pas adaptée à leur vie de collégien. Ces perceptions apparaissent globalement similaires dans l’ensemble des établissements étudiés.
Des effets globalement limités sur les apprentissages et le climat scolaire
L’évaluation met en évidence des effets globalement limités de la tenue commune sur les comportements, les apprentissages et la vie scolaire. Si certains bénéfices sont relevés — notamment une diminution des moqueries vestimentaires et un sentiment d’appartenance légèrement renforcé — ils restent modestes, tandis que les impacts sur la réussite, la motivation ou la sécurité apparaissent faibles, voire symboliques. Comme le souligne le rapport, « la faiblesse des effets perçus sur les apprentissages n’est pas surprenante au regard des conclusions de la littérature scientifique », et « l’effet des expérimentations sur la cohésion apparaît plus projeté que réellement vécu par les élèves ».
Un décalage entre attentes des adultes et vécu des élèves
L’analyse met en évidence un écart net entre les attentes des adultes et l’expérience des élèves. Les premiers associent la tenue commune à une amélioration du climat scolaire et de la cohésion, tandis que les élèves expriment des perceptions plus nuancées, mêlant baisse des moqueries vestimentaires et sentiment de contrainte. La mesure semble avoir surtout une portée symbolique, avec des effets limités et difficiles à objectiver sur les relations entre élèves et le climat scolaire.
Une mise en œuvre portée par les directions et les élus
La mise en œuvre apparaît fortement impulsée par les acteurs institutionnels. Le rapport indique ainsi que « pour 15 chefs d’établissement sur 16, le fait de favoriser la cohésion entre les élèves comptait comme l’une des motivations principales pour participer aux expérimentations du port de la tenue commune ». Pour beaucoup, la tenue commune est apparue comme un levier complémentaire à d’autres projets internes visant à améliorer la cohésion, l’image ou le cadre disciplinaire. Plus largement, il s’agit d’« un dispositif porté par les directions, mais faiblement débattu collectivement », pour lequel les chefs d’établissement ont joué un rôle central dans l’adhésion et le pilotage du projet.
À l’annonce de l’expérimentation, 71 % des directeurs d’école y étaient favorables et 59 % estimaient que les familles l’étaient également. L’avis des enseignants est plus partagé (41 % de perception favorable), tandis que ceux des élèves et du personnel périscolaire apparaissent plus contrastés, avec moins d’un tiers des directeurs évoquant une opinion majoritairement positive.
Une « vision » de l’éducation et une méthode… autoritaire
« Dans la majorité des établissements enquêtés (8 sur 12), des démarches de consultation préalables au vote en conseil d’école ou conseil d’administration ont été mises en œuvre, le plus souvent sous la forme de sondages auprès des parents, parfois complétés par des enquêtes auprès des enseignants et des personnels éducatifs. Définies localement par les collectivités ou les directions, ces démarches répondaient avant tout à un objectif pragmatique : vérifier l’absence de rejet massif et sécuriser la décision. Si elles ont inscrit le projet dans un registre participatif, elles ont surtout servi à valider un accord majoritaire plutôt qu’à nourrir un véritable débat sur les finalités de l’expérimentation. »
Les parents ont joué un rôle important dans la mise en place de l’expérimentation, contrairement aux élèves, peu consultés et rarement associés aux décisions, sauf sur des aspects secondaires comme le logo ou les couleurs de la tenue. L’expérimentation s’est donc construite davantage « pour eux » que « avec eux », ce qui limite sa portée éducative et influence son appropriation par les élèves. À noter que les écoles volontaires « expérimentatrices » sont plus souvent situées en éducation prioritaire, en milieu urbain, avec des effectifs plus importants et davantage d’élèves en difficulté scolaire.
Le ministre en attente de « résultats définitifs »
Le ministre appelle à poursuivre l’expérimentation à la rentrée dans 97 écoles, 14 collèges et quatre lycées, contre environ 90 établissements l’année précédente, malgré l’absence d’effets sur les résultats scolaires. « Il n’y a pas forcément d’effets sur les résultats scolaires, mais en un an, ce n’est guère étonnant », nuance Édouard Geffray à l’Assemblée nationale lors de la séance de questions au gouvernement.
Djéhanne Gani
