Plus d’élèves, moins de profs : Une rentrée sous tension dans les lycées professionnels
« On va avoir plus d’élèves avec moins de postes. La crise est là », assène Axel Benoist d’entrée de jeu. Et pour cause : depuis 2017, 1 200 postes d’enseignants ont été supprimés alors que le nombre d’élèves dans la voie professionnelle a augmenté de 6 000. Résultat : dans de nombreux établissements, il manque en moyenne deux enseignants par lycée. Une réalité que découvriront certains élèves dès lundi : « Dans plusieurs disciplines, il n’y aura tout simplement pas de nom de professeur sur l’emploi du temps », prévient le syndicat.
Cette situation provoque une explosion du nombre de contractuels, avec deux fois plus d’enseignants précaires en lycée pro que dans les filières générales. Le vivier de professeurs titulaires se tarit, et les concours ne font plus le plein : « Le nombre de postes non pourvus équivaut à une année blanche de recrutement », alerte le SNUEP-FSU. Pour le syndicat, c’est la conséquence de choix politiques délibérés et notamment du manque de reconnaissance salariale. « On déshabille le lycée professionnel. Et maintenant, on voudrait réformer les filières métiers d’art ou médico-social en catimini ? C’est irresponsable », conclut Axel Benoist.
Une réforme de la formation des enseignants contestée
La situation du recrutement est également alarmante. Depuis 2018, 1 675 postes de PLP n’ont pas été pourvus. Le SNUEP-FSU pointe du doigt une réforme incohérente de la formation initiale : abaissement du concours à bac+3 pour certaines disciplines, alors que les disciplines professionnelles exigent souvent des profils spécifiques non concernés par cette réforme. Les lauréats seront moins bien formés, des stagiaires propulsés sur le terrain sans préparation, et un vivier qui se rétrécit au lieu de s’élargir. « C’est un mépris à la fois pour les enseignants et pour les élèves », fustige le co-secrétaire général.
Une réforme de la terminale bac professionnel vécue comme un échec
Au cœur des critiques, la réforme de la terminale bac pro, généralisée à la rentrée 2024, est décrite comme un fiasco. Elle a entraîné une accumulation d’exigences nouvelles, un stress renforcé pour les élèves et les professeurs, et une désorganisation des parcours.
Les lieux de PFMP (périodes de formation en milieu professionnel) sont devenues plus difficiles à trouver et organiser, avec des lieux de stage parfois éloignés des choix d’orientation des élèves. « Cette réforme n’a pas de sens : les élèves ne font plus leurs stages dans les secteurs où ils veulent travailler », explique Axel Benoist. Certains préfèrent travailler plutôt que de faire un stage : « Ils ne sont pas dupes. Ce n’est pas de la formation, c’est du travail déguisé. »
Le fiasco des réformes
Pour le SNUEP-FSU, les réformes se sont empilées depuis 2018 avec une logique constante : moins d’école, plus d’entreprise, au détriment des apprentissages. « Les parcours différenciés en terminale, les examens avancés, la désorganisation généralisée… Tout cela ne fonctionne pas », résume Axel Benoist, regrettant l’entêtement du ministère.
Le syndicat réclame l’abrogation immédiate des réformes, le retour des examens en fin juin – qui a été annoncé l’après-midi par la ministre lors de sa conférence de presse, et la mise en place d’un parcours de bac professionnel en 4 ans. Pour Axel Benoist, « l’intérêt général doit primer sur celui des entreprises. Le lycée professionnel a besoin de moyens, de stabilité, et de reconnaissance. Pas d’une politique qui détricote tout ce qui fonctionnait »
Carte des formations : inadéquation et décisions budgétaires
Autre sujet de préoccupation : la carte des formations. Alors que certains secteurs comme les métiers de bouche ou le transport sont en tension, des ouvertures de formations sont refusées, officiellement pour des raisons budgétaires. « Le discours officiel prétend adapter l’offre aux besoins. En réalité, ils font de la gestion de flux, sans tenir compte des réalités locales », dénonce le syndicat.
Préavis de grève déposé pour la rentrée
Dans un contexte de colère montante, un préavis de grève a été déposé pour la rentrée pour permettre aux professeurs de se mobiliser. « Il y a un ras-le-bol. Les réformes se succèdent, les échecs s’accumulent, mais rien ne change. Le ministère s’entête à faire comme si tout allait bien », regrette Axel Benoist.
Djéhanne Gani
