Le café pédagogique est allé à la rencontre de quelques responsables syndicaux en les questionnant sur le sujet.
Laurent Mauriat responsable régional du SNETAP syndicat majoritaire dans l’enseignement agricole :
Aujourd’hui les grandes foules ne sont pas là. Beaucoup de collègues sont dans l’attente de voir vers quoi l’enseignement agricole va se diriger. L’année dernière nous avons vécu une loi dite « Loi Lausargat » qui était censée assurer le remplacement des milliers d’agriculteurs en passe de prendre leur retraite. Pourtant les formations proposées dans les lycées agricoles ne sont pas du tout axées sur la production et les moyens financiers et humains ne suivent pas là […] Les profs ont du mal à boucler leurs fins des mois et sont parfois tentés par une recherche individualiste (heures sup, pacte…) ce qui n’est jamais une solution.
On a vu que le mouvement était moins suivi que lors des deux précédents rdv. Les collègues nous disent être disponibles pour un mouvement de longue durée et réservent leurs forces pour une prochaine journée avant les vacances d’automne. La bataille de l’opinion a été gagnée chez nos collègues sur la question du budget. Ils font le lien entre ce projet de budget, leur situation et celle de l’école. Nos mots d’ordre sur la justice fiscale, sociale et environnementale trouvent un écho certain. Ce qui n’était pas forcément le cas les années précédentes.
Eric Pompé, secrétaire académique et régional de l’UNSA Éducation :
Cette journée fait flop. On demande une égalité sociale mais pour faire grève il faut avoir de l’argent. Les gens n’y croient plus. Comment peut-on avoir confiance aujourd’hui dans la politique quand les ultras riches gagnent 1000 milliards de plus qu’il y a dix ans, quand on refuse de mettre en place la taxe Zuckmann pourtant porteuse d’égalité sociale ?
J’aimerais bien que l’on aille vers plus de blocage, faire de la rétention de documents administratifs, ne pas les transmettre en ce qui concerne les chefs d’établissements, arrêter de prendre les élèves en cours… Cela fait partie des débats dans l’UNSA.
Il y a une colère très présente dans les établissements et un consensus sur la nécessité d’un changement radical de politique. Cette colère n’est pas entendue, il y a des questions à se poser au niveau de l’intersyndicale, de l’inter-pro sur la stratégie mise en place. […] Nous essayons de rendre constructive cette colère dans un moment où il n’y a plus de dialogue social. Dans l’éducation nous devons construire un mouvement spécifique centré sur les revendications de notre secteur. Nous payons aussi les deux jeudis consécutifs de grève (le 18 septembre et le 2 octobre NDLR). On a loupé le coche sur la jonction avec le mouvement « Bloquons tout ». Il faut reconstruire les choses autrement. Cela crée du découragement, il nous faudra une solution que je n’ai pas pour l’instant. Sur le plan politique il faut arrêter de jouer avec le feu car cela devient dangereux.
Jean-Jacques Nicolaï, secrétaire régional adjoint de la FSU Territoriale (syndicat majoritaire des Agents Régionaux des Lycées en PACA) :
Je pense que nos collègues ne croient plus à l’efficacité de nos propositions syndicales et à certains de nos discours – trop politisés à mon goût. J’étais hier dans un lycée niçois pour une heure d’information syndicale. Certains agents disaient être convaincus par notre analyse sur le budget, les insuffisances notoires pour un bon fonctionnement des établissements mais ils ne feraient pas grève pour autant, non pas par défiance mais par une forme de lassitude au regard des combats que nous avons perdus. Il y a tout à réinventer.
Force est de constater qu’il y a un malaise chez les salarié•es et en particulier dans notre secteur d’activité. Le mouvement « Bloquons tout » a du mal à passer de l’action numérique à une vraie contestation sociale sur le terrain, les organisations syndicales peinent à rassembler au-delà du premier cercle.
Comment lutter contre une politique gouvernementale quand nous n’avons pas de gouvernement ? Comment faire reculer un pouvoir politique qui n’a de cesse de s’en prendre aux plus démunis et de remettre en cause la pérennité des services publics ? Comment retrouver confiance dans la force collective et contribuer à un changement d’orientation politique y compris en matière d’éducation ? Ce sont les questions que tout le monde se posait hier matin sur les quais du Vieux-Port. C’est le dilemme auquel le syndicalisme (enseignant) est lui aussi confronté.
Alain Barlatier
