Alors que les tensions dans les établissements scolaires ne cessent de croître, la suppression brutale de plusieurs postes d’assistants de prévention et de sécurité (APS) dans les collèges suscite l’indignation et l’incompréhension. D’après les informations du Café pédagogique, plusieurs collèges de l’académie ont appris cette semaine la fin du contrat des APS.
« A partir du 1 septembre 2025, le collège…. ne bénéficiera plus de moyens APS. Cela signifie donc que vous ne pourrez plus exercer les missions d’assistant de prévention et de sécurité dans cet établissement » : c’est par ce courrier du rectorat de Lille que les assistants prévention et sécurité (APS) ont appris la suppression de leur poste.
« Elle a simplement reçu un courrier lui disant merci et au revoir. Aucune information officielle, pas même une communication du chef d’établissement, qui lui-même n’avait pas été informé » témoigne une collègue d’une APS concernée.
La suppression du poste d’APS a été annoncée dans ce collège de l’académie de Lille… par l’APS, alerté par un courrier administratif reçu à titre personnel, le remerciant pour ses services. Le chef d’établissement venait tout juste d’être informé, lui aussi, par une notification institutionnelle laconique, sans marge de discussion ni préparation. Jusqu’à ce courrier, rien n’augurait de la suppression de son poste.
« Je trouve ce procédé d’une grande violence. Nous n’avons rien vu venir. Aucun signal, aucune alerte, aucune concertation. Et les arguments avancés pour justifier cette suppression ne correspondent en rien à la réalité de terrain que nous vivons au quotidien » poursuit l’enseignante sous le choc de la nouvelle.
Incompréhension et colère
Cette décision choque et étonne d’autant plus qu’elle intervient dans un contexte de grande fragilité dans l’Education nationale, encore sous le choc de l’assassinat de Mélanie Grapinet. Partout, les besoins humains et sécuritaires sont pourtant pressants.
Pour un des collègues d’un APS concerné, cette décision est incompréhensible : « Plus que jamais, nous avons besoin de stabilité, de présence adulte, de soutien. Les APS jouent un rôle essentiel dans la prévention auprès des élèves et des familles, et leur présence contribue directement à maintenir un climat scolaire apaisé, dans un contexte souvent tendu. Leur travail est discret, mais déterminant ».
Leur suppression brutale, sans concertation ni relais d’information, renforce un sentiment d’abandon dans les équipes, déjà surchargées et peu soutenues.
D’après nos informations, au moins 11 collèges de l’académie de Lille seraient concernés par cette vague silencieuse de suppressions : les collèges Riaumont de Lievin, Lucie Aubrac de Dunkerque, Lucie Aubrac et Albert Roussel de Tourcoing, Charles Peguy d’Arras, Montaigne de Poix du Nord, Descartes de Loos, Jean Jaurès de Lens, Delegorgue de Courcelles-Lès- Lens, Van der Meersch de Roubaix, Joséphoine Baker de Valenciennes..
Une nouvelle carte pour les APS ?
Mis en place après les violences scolaires du début des années 2010, les APS ont pour mission de prévenir les incidents, participer à la régulation des conflits, et renforcer la sécurité du climat scolaire. Ils assurent la sécurisation des abords de l’établissement, interviennent en médiation avec les élèves, tissent un lien de confiance avec les familles et apportent un appui quotidien aux équipes de vie scolaire.
Les APS soutiennent étroitement le travail des conseillers principaux d’éducation (CPE), notamment dans la gestion des flux, la régulation des tensions, mais aussi dans le suivi éducatif des élèves. Ils participent activement aux dispositifs de prévention du décrochage. À travers des actions collectives de sensibilisation ou de médiation avec les élèves, ils incarnent une présence humaine, repérable et rassurante, dans des établissements souvent fragilisés. Ils apportent également un rôle de conseil dans la prévention des violences, en lien avec les équipes éducatives, contribuant à anticiper et désamorcer les situations de tension.
Le courrier du rectorat de Lille adressé aux APS rappelle que l’amélioration du climat scolaire est un enjeu majeur et combien « les assistants de prévention et de sécurité (APS) participent à la mise en place d’une politique de prévention des violences au sein des établissements scolaires ». Le même courrier évoque cependant une réorganisation à venir : une nouvelle carte académique, qui entrera en vigueur au 1er juillet 2025, modifiera la répartition des postes d’APS dans plusieurs établissements. Cette révision, présentée comme un simple ajustement administratif — la dernière carte remontant à 2012 —, conduit en réalité à des suppressions de postes, parfois brutales, sans réelle concertation ni prise en compte des besoins spécifiques des établissements concernés.
Dans les collèges concernés, la méthode pose autant problème que la décision elle-même, par sa forme : brutale, opaque, déshumanisée. Les chefs d’établissement ont été informés par un courrier institutionnel en toute fin de semaine dernière, sans qu’aucune discussion ou anticipation n’ait été possible avec les équipes.Que penser d’une institution qui ne prévient pas ses propres équipes, pas même les chefs d’établissement ?
Dans un système éducatif de plus en plus sous tension, où les violences scolaires, les enjeux de santé mentale et le besoin de sécurité augmentent, la suppression des APS est ressentie par de nombreux personnels comme un contresens et à rebours des besoins et urgences.
Djéhanne Gani
Lire le courrier :
