Le SE-UNSA appelle à une réorientation profonde de la politique éducative. Il rappelle que les personnels plébiscitent trois piliers pour l’avenir dans leur baromètre à paraître, à savoir la transmission des savoirs fondamentaux et du vivre-ensemble (92,2 %), la laïcité comme principe de liberté (92,6 %), et le maintien d’une éducation publique hors des logiques marchandes (96 %).
Une rentrée sous un calme apparent, mais sur fond de colère sociale
« Un calme relatif masque l’absence de solutions durables » a déclaré Élisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du SE-UNSA. Derrière l’apparente tranquillité de cette rentrée, le syndicat observe une instabilité sociale profonde, marquée par une colère sourde dans les écoles.
Le syndicat dénonce le choix politique national d’un gouvernement qui poursuit une voie néolibérale, jugée destructrice pour les services publics, et particulièrement pour l’école. « La rentrée s’annonce très difficile. L’urgence est de pouvoir accueillir tous les élèves. Or, les moteurs de l’école – ses personnels – sont abîmés, en nombre insuffisant, et souvent cassés » s’inquiète la secrétaire générale.
Une crise sociale avant tout : perte de sens et mépris professionnel
Si le budget et les choix sont critiqués, pour le syndicat la crise de l’Éducation nationale dépasse les seules considérations budgétaires. Elle touche à la valeur du métier, au respect des personnels, de leurs conditions de travail et à leur place dans la société.
Selon le Baromètre SE-UNSA 2025, 91 % des personnels disent aimer leur métier, mais 77 % ne le conseilleraient pas à un proche. 71 % des personnels enquêtés dénoncent un manque de reconnaissance. 1/3 des personnels veulent quitter l’Éducation nationale, plus de la moitié souhaitent changer de métier. « Combien de temps allons-nous encore démotiver et dégoûter celles et ceux qui croient encore à l’école publique ? » interroge la secrétaire générale.
Le pouvoir d’achat en chute libre : l’équivalent d’un 13e mois en moins
Gilles Langlois, secrétaire national, rappelle que les enseignants perdent en moyenne 3 000 euros nets par an. Cette perte de pouvoir d’achat représente l’équivalent d’un mois de salaire, là où ailleurs, un 13e mois est la norme.
Le gouvernement dramatise les déficits pour justifier les restrictions, mais le SE-UNSA rappelle que 60 milliards d’euros ont été perdus depuis 2017 suite à des choix politiques (suppression de l’ISF, exonérations fiscales), et que 211 milliards d’euros ont été distribués aux entreprises sans conditions. « L’argent public arrose les actionnaires pendant que les agents de l’Éducation nationale s’appauvrissent », dénonce Gilles Langlois.
« L’État est le premier pourvoyeur de pauvreté» : AESH, un métier paupérisé, des vocations sacrifiées
L’état des lieux du syndicat est une maltraitance des personnels de l’Éducation nationale par leur employeur, notamment via le blocage des carrières, des primes faibles, et un mépris tangible.
Une école à bout de souffle, pas seulement par manque de moyens
Karine Fromont, secrétaire nationale, alerte : au-delà du pouvoir d’achat, c’est le manque de considération qui fait le plus de mal aux personnels.
63 % dénoncent l’absence de reconnaissance dans leur quotidien, alors même qu’on leur demande toujours plus : climat scolaire, santé mentale, inclusion, numérique, etc. « On ne peut pas prendre soin des élèves si les adultes qui les entourent sont à bout », rappelle-t-elle.
40 % des agents ne parviennent plus à équilibrer leur vie professionnelle et personnelle. La mission de service public, pourtant aimée, se paie aujourd’hui au prix fort.
Alerte sociale déposée : des revendications urgentes
Une alerte sociale a été déposée et une rencontre est prévue mercredi 26 aôut avec le ministère. Le SE-UNSA portera plusieurs exigences, celles d’une revalorisation des directeurs et directrices d’école, des réponses budgétaires concrètes sur les économies annoncées, une vision claire de l’école publique, fondée sur le respect de ses personnels.
« L’Éducation n’est pas un privilège, mais une mission essentielle. Elle doit redevenir une priorité dans les actes, pas seulement dans les discours. » plaide le syndicat.
Mobilité et formation : une gestion déshumanisée
Matthieu Drouhin revient sur les difficultés de mobilité professionnelle, facteur majeur de démotivation. Il pointe un taux de mutation en forte baisse dans le 1er et 2nd degrés avec des disparités importantes selon les disciplines (philosophie, allemand…) et corps au détriment des PLP. Les académies de Créteil, Versailles, Mayotte, Guyane restent les moins attractives.
La formation continue, elle aussi, est en crise. Le syndicat critique uen formation continue souvent imposée, jugée inadéquate, peu utile au terrain, au service des orientations du ministère et des programmes. Pour le Se-Unsa, « il faut réinvestir la formation, la rendre choisie, utile et humaine ».
Rentrée au collège, réforme du LP : décalage total
Au cours de la conférence de presse, le SE-UNSA égrène les sujets et dénonce la réforme des LP (parcours en Y), qui a transformé le mois de juin en mois blanc sans lycéen en stage ou au lycée, la réforme du DNB, la pause numérique, difficilement applicable, faute d’AED et de matériel. Au sujet des groupes de besoins du collège, Jérôme Fournier déclare « il ne suffit pas d’annoncer des assouplissements, il faut abroger les textes qui rendent le travail impossible ».
« Rien ne peut justifier qu’on traite ainsi les personnels d’un service public essentiel » conclut Elisabeth Allain Moreno, rappelant que « sans personnels, l’Éducation nationale ne peut pas tourner. » Un message clair pour la Rue de Grenelle, quel que soit son futur locataire.
Djéhanne Gani
