Pourquoi ce livre ? Comment a-t-il été conçu et pour qui ?
L’objectif est d’aider les cadres éducatifs (personnels de direction, inspecteurs, autres cadres de l’Education nationale) à gérer les crises, dans une optique opérationnelle.
Face à une rixe, à une tentative de suicide, un incendie, une agression sexuelle, un évènement climatique majeur, une intrusion violente, une tentative de meurtre… Que faire, pourquoi, dans quel ordre, comment, avec qui, et comment communiquer ? Ce livre vise à permettre de répondre à ces questions. Il a vocation à être sur le bureau de chaque cadre, prêt à l’emploi dès que la crise se déclenche.
Au cours des formations Prévention et gestion de crise, nombreux sont les stagiaires (personnels de direction, inspecteurs, directeurs d’école, cadres de l’EN) qui demandent des fiches, des exemples, des modèles pour gérer tous types de crises. Cet ouvrage combine ce qui est présenté dans les formations et des études de cas telles qu’elles remontent via l’application Faits Etablissements (bonne photographie des événements qui font crise). Il s’appuie sur nos expériences de formateurs et de conseiller des chefs d’établissement et des décideurs académiques. Il propose de la méthodologie et des outils. Des ouvrages plus théoriques existaient ; nous avons voulu ancrer celui-ci sur du concret, proche du vécu des cadres.
Précisons que ce livre est une œuvre collective. Il faut remercier le Professeur Eric Debarbieux et le Général de corps d’armée Pierre Casaubieilh qui ont initié en 2014 la formation à la gestion de crise pour l’Education nationale, et qui ont accepté de préfacer cet ouvrage. Il faut également remercier tous les cadres éducatifs qui ont accepté de témoigner.
Comment prévenir ou anticiper les crises et qu’entend-on par « crises » ?
Comme dans les autres organisations, une crise en milieu scolaire est une situation qui déstabilise son fonctionnement. Elle survient le plus souvent par surprise. Elle se présente généralement comme une menace. Elle génère de l’incertitude. Elle entraîne le plus souvent une temporalité restreinte : le temps de réponse des responsables est limité, ils sont mis sous pression.
Les crises obéissent souvent à la règle des 3 D :
– Déferlement de problèmes et d’informations qui affectent les cadres,
– Dérèglement : les schémas usuels de fonctionnement ne sont plus opératoires, de nouvelles priorités s’imposent qui font passer les priorités habituelles au second plan,
– Divergences : la pression émotionnelle et le stress guident les comportements, les opinions sur ce qu’il faut ou ne faut pas faire, ce qui génère des tensions.
La crise se traduit par l’arrêt partiel ou total du fonctionnement normal de l’établissement, pour une durée variable. Elle a un fort retentissement sur la communauté éducative.
Les cadres et leurs équipes doivent donc s’y préparer. D’où l’intérêt des exercices annuels qu’il faut diversifier pour ne pas tomber dans une forme de routine.
Deux mots conditionnent la réussite d’une gestion de crise : anticipation et capacité d’adaptation. Raison pour laquelle il faut former à tous les niveaux (des élèves jusqu’au personnel de direction) pour s’entraîner, se préparer, s’adapter, réfléchir en zone d’inconfort.
Votre ouvrage se veut un guide opérationnel, vous présentez des outils pratiques. Pouvez-vous donner quelques exemples ?
L’ouvrage propose des outils et méthodes utilisables immédiatement, en se rappelant qu’une crise est toujours différente des autres, raison pour laquelle la primauté est à la réflexion et à l’observation. Il est illustré d’exemples et de témoignages.
La méthode d’aide à la décision (M.A.D) est au cœur de la démarche. Elle oblige à se poser les bonnes questions en quatre phases : la perception, l’évaluation (analyse), la décision et l’action, ce qu’on appelle dans notre jargon la méthode PEDA. Cette méthode évite la dispersion intellectuelle et impose une réflexion pour ne pas appliquer bêtement des process sur une situation qui est toujours singulière.
Cette méthode permet de définir s’il y a vraiment crise, dans quel cadre, quels en sont les impacts et les conséquences. Elle permet ensuite de définir les actions à mener selon les objectifs poursuivis, les acteurs internes et externes à mobiliser, la communication à produire, les actions post-crise à conduire. La puissance de cet outil simple en apparence est de permettre des itérations entre l’analyse de la crise et son traitement.
Et un exemple des fiches situations exposées dans votre ouvrage ?
Le principe des 23 fiches-événements est simple :
- Une crise se déclenche dans mon établissement (par exemple une tentative de suicide d’élève)
- Je cherche la fiche correspondant au sujet (fiche n°16) ou qui s’en approche le plus
- Je suis le process indiqué (en adaptant mon action aux paramètres précis de la crise à gérer)
Les fiches proposées couvrent la plupart des situations les plus courantes. Elles permettent d’agir dans l’ordre, chronologiquement, sans sauter d’étapes. Pour chaque situation vous trouvez une fiche Protocole simplifié de gestion de crise tenant compte du degré d’urgence. Puis se déclinent les fiches particulières telles que celle d’appel des secours ou des forces de l’ordre, la fiche dédiée aux premiers secours, celle d’identification d’auteur de délit, la fiche FACT (faits, actions, compassion, transparence), une fiche compte-rendu destinée à la hiérarchie avec points de situation si nécessaire, plusieurs fiches communication (vers les parents d’élève, les personnels, les élèves), une fiche point média, une fiche defusing si nécessaire, une fiche débriefing et une fiche RETEX (retour d’expérience) à utiliser selon la gravité de la crise.
Propos recueillis par Djéhanne Gani
Comment prévenir la crise au collège et au lycée. S’informer, se former pour bien gérer, François Albaret et Francis Hivert. Berger-Levrault, 2025.
