Dans quel contexte avez-vous mené ce travail original d’écriture poétique à l’aide d’une IA ?
J’ai mené ce travail auprès d’une classe de terminale Bac professionnel dans le cadre des thèmes annuels et limitatifs. Le thème annuel est le suivant : « Vivre aujourd’hui : l’humanité, le monde, les sciences et la technique ». L’usage et la réflexion sur l’IA trouvent ici leur place. Le thème limitatif s’intitule : « Rythmes et cadences de la vie moderne. Quel temps pour soi ? » C’est de lui que découle la réflexion sur le rythme de vie d’un lycéen.
Une activité préparatoire a invité à l’écriture d’un acrostiche : avec quelles consignes et quels intérêts spécifiques ?
Cette séance d’écriture avec IA s’inscrit dans la découverte du thème limitatif. Nous cherchons à définir le rythme et la cadence. En guise d’application, les élèves réfléchissent sur ce qui rythme leur quotidien de lycéen. Après un remue-méninges sur ce qui caractérise ce rythme de vie d’un lycéen, les élèves en choisissent un qui leur parle et doivent créer un acrostiche (terme revu en classe). L’acrostiche vise à revoir le vocabulaire poétique (notion d’acrostiche, de vers, de rime) et aussi à proposer un terrain d’expression poétique et créatif aux élèves. L’activité qui suit, l’usage de l’IA, n’apporte pas ce plaisir et cette mobilisation de la réflexion.
Les élèves ont ensuite été amenés à utiliser l’IA Poem generator : pourquoi ce choix ?
Cette IA présente l’avantage de ne pas nécessiter de création de compte, limitant ainsi la collecte de données personnelles des élèves. Bien qu’aucun outil ne soit parfaitement conforme au RGPD actuellement, j’ai choisi celui présentant le moins de risques pour la protection des données de mes élèves, tout en informant les élèves des enjeux liés à l’usage de ces outils.
Quel a été le dispositif de travail adopté durant la phase d’écriture avec cette IA ?
Nous reprenons la liste des termes retenus lors du remue-méninges. Je transmets ma consigne oralement, les élèves doivent procéder à une prise de notes obligatoire. Ils doivent ensuite rédiger un prompt (vocabulaire explicité en classe) et utiliser l’IA Poem générator en la paramétrant sur « sonnet » (notion révisée en classe). Le prompt doit impérativement être conservé et amélioré si le résultat proposé n’est pas probant. Le prompt puis le sonnet une fois validé par l’élève sont envoyés au professeur sur pronote ou imprimés.
Pouvez-vous nous donner un exemple ?
Voici un prompt d’élève : « Le thème est le rythme d’un lycéen avec le matin un lever et l’ennui d’aller en cours en transport en commun il attend la fin d’un cours pour aller en recréation à la fin de la journée il attend la fin des cours et rentre en transports ».
Et voici le résultat :
« Au matin, le réveil sonne sans fin,
Les rêves s’effacent, emportés par l’heure,
Dans le bus, des visages, un air incertain,
L’ennui s’installe, comme une douce labeur.
Les cours s’étirent, le temps semble figé,
Les feuilles volent, mais l’esprit est absent,
Chaque seconde, un soupir enchaîné,
Dans l’attente, le cœur devient languissant.
La cloche résonne, enfin, la récréation,
Éclats de rires, l’âme s’éveille,
Mais déjà le cours revient, sans raison,
À la fin du jour, retour dans la mêlée,
Les pensées errantes, perdues en vision,
Sur le chemin, un secours à l’oreille. »
Quelle exploitation faites-vous de ces productions ?
Les élèves procèdent à une recherche du champ lexical (révision de la notion), du rythme et du temps. Ils doivent souligner les termes inconnus et chercher leurs définitions.
Je lis à tête reposée les productions et je cherche les hallucinations et incohérences de l’IA. A l’heure suivante, je procède à une dictée d’une strophe du meilleur poème afin de travailler l’orthographe et de valoriser le travail d’un élève. Je présente aux élèves des exemples types de faiblesses : erreurs de genre de noms (par exemple, « émoi » est devenu un nom féminin) ; irruption de thèmes à des endroits incongrus (par exemple, le plateau du self apparaît dans la strophe dédiée au cours de maths…) ; prompt trop imprécis ; poème qui ne répond pas à la commande initiale …
En quoi l’activité a-t-elle favorisé chez les élèves un regard critique sur l’IA ?
Cette activité est un bon support pour mettre en évidence la nécessité d’avoir un regard critique sur la production de l’IA. Elle permet de faire le point sur les fragilités actuelles de l’IA et sur le fait qu’elle pallie ses propres faiblesses de manière très rapide. Elle invite à une relecture soigneuse de la production proposée par l’IA, elle montre aussi que l’on peut relancer la requête en améliorant le prompt si le résultat ne convient pas. L’activité inclut une sensibilisation aux enjeux de protection des données et d’usage responsable de l’IA.
En quoi l’activité a-t-elle permis de travailler aussi connaissances et compétences du français ?
Cette activité a permis de revoir des notions techniques de français (acrostiche, champ lexical, sonnet, rimes… ) et de développer le vocabulaire. Elle a aussi permis, au travers de l’exercice de la dictée de travailler de manière ciblée sur des notions d’orthographe, de conjugaison et de grammaire.
Au final, quelles vous semblent les plus-values et/ou les limites d’un usage de l’IA en classe ?
L’usage de l’IA a permis des apprentissages spécifiques au français en étant le support de révisions et de mise en pratique de notions. Cette activité a aussi permis de valoriser très rapidement les productions d’élèves. Elle a aussi contribué à la construction du regard critique des élèves vis-à-vis de l’IA qu’ils utilisent déjà beaucoup. L’observation des prompts a aussi mis en évidence la compréhension assez superficielle de la notion de rythme lycéen, ce qui a permis une remédiation. Cela a aussi démontré que la prise de notes de la consigne initiale n’a pas toujours été bien réalisée (préparation au BTS).
Pour finir, on peut dire que l’aspect ludique et inattendu de l’activité a été efficace pour mettre les élèves au travail. L’entrée par l’IA les a séduits et fait entrer dans une tâche plus complexe. On peut donc considérer l’IA comme un facilitateur pour la mise en activité et l’adhésion des élèves.
Propos recueillis par Jean-Michel Le Baut
L’application de génération de poèmes
