En lisant
Il convient de favoriser une « pratique régulière, diversifiée, progressive de la lecture » : au moins 7 œuvres complètes par année dont 4 œuvres intégrales de langue française ou traduite et 3 œuvres en lecture cursive (qui peuvent relever de la littérature de jeunesse). Les « compétences de lecture » à construire doivent joliment « tresser compréhension, interprétation et appréciation ». Les dispositifs à mettre en œuvre sont explicités : on préconise « rendez-vous de lecture réguliers, journal de lecteur, cercles de lecture, défi lecture, capsules audio, vidéos, affiches, etc. », on demande d’éviter les « approches technicistes » ainsi que les « questionnaires de lecture ».
Le site Eduscol propose des exemples de mise en œuvre des programmes avec des pistes artistiques et culturelles ainsi que de très riches corpus d’œuvres qui ouvrent le champ des lectures possibles, depuis le patrimoine jusqu’à la littérature contemporaine et aux livres d’autrices. Exemples en 5e sur les « destins romanesques » : Louisa May Alcott, Charlotte Brontë, Marie-Renée Lavoie, Lucy Maud Montgomery, Pénélope Bagieu, Clémentine Beauvais, Marie Desplechin, Malika Ferdjoukh, Marie-Aude Murail, Raquel Jaramillo Palacio… Exemples en 3e sur le thème « les Lumières en héritage » : Claire de Duras, Fanny Raoul, Alexandrine Civard-Racinais, Isabelle Collombat, Rachel Carson, Jacqueline Kelly, Annie Jay, Claire Martin, Carole Trebor…
En écrivant
Dans ces programmes rénovés, l’écriture occupe une place essentielle. En tant que « vecteur d’émancipation et d’engagement », elle doit être « au cœur du projet d’apprentissage ». Ouverte à l’écriture créative, à l’écriture d’appropriation, à l’écriture de travail, aux ateliers d’écriture, elle diversifie ses enjeux, ses dispositifs et ses formes : « écrire pour réfléchir, apprendre et mémoriser » ; « écrire des textes d’invention et de réflexion pour soi et pour autrui », « « évaluer son écrit et savoir le faire évoluer ». Les programmes appellent même à mettre en œuvre des situations d’écriture quotidiennes : « les élèves produisent, à chaque séance, un écrit personnel de quelques phrases ou un texte plus développé, qui ne se limite pas à répondre à des questions sur un texte ». Il s’agit bien d’aller jusque vers l’habitude et la posture de l’écriture seconde, celle qui fait retour sur ses formes, ses processus, ses enjeux : « les professeurs favorisent autant la production de textes que les activités permettant à l’élève de développer une posture réflexive sur son travail. »
Le document de l’académie de Besançon en ouvre de belles pistes, en particulier pour travailler l’écriture en relation avec les arts. Par exemple autour du célèbre tableau de Friedrich Le voyageur contemplant une mer de nuages : écrire un monologue intérieur du personnage face à l’infini, en jouant avec la modalisation et l’expression des émotions ; imaginer la scène qui précède le tableau (d’où vient le voyageur ? quelle(s) décision(s) s’apprête-t-il à prendre ?) ; décrire la scène du point de vue du paysage lui-même en donnant la voix à la montagne ou aux nuages. Ou encore autour de photographies de Cartier-Bresson et Brassaï : écrire un court récit racontant l’instant qui a précédé ou suivi la photographie …
La place de plus en plus importante prise par l’Intelligence Artificielle Générative n’est pas négligée. Les programmes en formulent ainsi le défi qu’elle nous lance : « Une utilisation critique et distanciée d’outils numériques et de l’intelligence artificielle permet à l’élève d’interroger la production contemporaine des textes ou de réfléchir à la formulation des instructions adressées à l’algorithme. » Pour l’équipe de Besançon, il s’agit de « penser des devoirs écrits « résistants à l’IA » : des écrits de travail ancrés dans le travail de la classe, des devoirs à étapes, des devoirs réflexifs » ou encore de « faire écrire avec l’IA ».
Notons encore quelques éléments saillants.
L’oral constitue « un objet d’étude et d’apprentissage, au même titre que l’écriture, la lecture et la langue », pas simplement un effort de participation en classe.
En matière de vocabulaire comme de grammaire, les programmes recommandent bel et bien une démarche inductive, les gestes de manipulation, le travail de corpus : « un travail lexical régulier, fondé sur l’observation, la manipulation, le raisonnement, la mise en réseau et la production est privilégié », « les élèves partagent leurs observations, pour faire évoluer leurs connaissances et compétences », « les élèves automatisent progressivement leurs connaissances et leurs compétences grâce à des rituels »… N’est même plus explicite l’obligation d’utiliser la terminologie « officielle » de la contestée Grammaire du français. Terminologie grammaticale de Philippe Monneret et Fabrice Poli (2021).
Saluons enfin les efforts pour actualiser l’écriture des programmes : pour ajouter quelques doubles flexions en vue d’une écriture (un tantinet…) plus égalitaire (« la formation de citoyennes et de citoyens », p. 2), pour respecter (enfin !) les recommandations de l’orthographe rectifiée (« L’enseignement de l’orthographe a pour référence les rectifications orthographiques publiées par le Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990. Les graphies ancienne et rectifiée sont acceptées de manière égale. », « développer et affiner le gout de la lecture », p. 2).
Voilà qui donne envie.
Voilà qui creuse aussi potentiellement le fossé entre les programmes du collège, vivifiants, et ceux du lycée, sclérosés. Un fossé, pédagogique et idéologique, qui risque de devenir difficile à franchir pour les élèves ?
Saluons donc l’équipe de personnels d’enseignement et d’inspection qui a réalisé ce riche travail : Farouk Bouamda, Véronique Boulhol, Miguel Degoulet, Amélie Eychart, Renaud Ferreira de Oliveira, Séléna Hébert, Nourhoda Himich, Myriam Lobry, Nathalie Montassier, Sophie Pariente, Béatrice Schang, Armelle Sibrac. Et souhaitons que le chantier se prolonge bientôt au lycée avec le même esprit, nourri de bien des expériences et réflexions.
Jean-Michel Le Baut
Le programme de français cycle 4
Les exemples officiels de mise en oeuvre
Sur le site Lettres de l’académie de Besançon
Futurs programmes de français Cycle 4 : Quoi de neuf ?
L’enseignement du français est malade
