Pourquoi faut-il aujourd’hui repenser le rôle de l’école face aux enjeux écologiques ?
Les crises environnementales, changement climatique, effondrement de la biodiversité, épuisement des ressources, bouleversent nos sociétés et modifient les équilibres planétaires. Dans ce contexte, l’école n’est pas et ne peut pas rester à l’écart. Elle a une responsabilité particulière, car elle peut permettre aux élèves de comprendre la complexité du monde dans lequel ils vivent et de s’y situer comme citoyens.
Après nos travaux sur « l’école dans et avec la nature – la révolution pédagogique du XXIe siècle (ESF 2022) et « Jardiner à l’école pour s’ouvrir au monde » (ESF 2024) nous voulions montrer qu’il ne s’agit pas simplement de transmettre des connaissances supplémentaires sur l’environnement. L’enjeu est beaucoup plus large. La transition écologique interroge les finalités mêmes de l’éducation notamment former à la responsabilité, à la solidarité, à l’esprit critique et à l’engagement collectif.
L’école doit ainsi aider les élèves à devenir des acteurs du monde à venir, pas seulement des observateurs. C’est dans ce sens que nous parlons d’une école au cœur de la transition écologique. C’est une école qui contribue à comprendre les défis du XXIᵉ siècle et à inventer des réponses collectives.
Vous parlez dans le livre d’« école écologique ». Que recouvre cette notion ?
Une école écologique n’est pas une école qui planterait quelques arbres dans la cour ou qui ajouterait un chapitre sur l’environnement dans les programmes. Ce serait trop réducteur. Cela concerne les contenus d’enseignement, bien sûr, mais aussi les pédagogies, les bâtiments, le fonctionnement des établissements en lien avec les territoires.
Autrement dit, l’éducation au développement durable devient un fil conducteur qui traverse l’ensemble du projet éducatif. Cette approche repose sur des savoirs scientifiques solides, mais aussi sur des démarches participatives, des projets concrets et une ouverture de l’école sur son environnement local.
Et surtout, cette école écologique n’est pas une utopie. Partout, des enseignants, des collectivités et des équipes éducatives inventent déjà des pratiques nouvelles, c’est ce que nous montrons dans l’ouvrage.
En quoi votre approche dépasse-t-elle l’éducation au développement durable telle qu’elle existe aujourd’hui ?
L’éducation au développement durable a permis des avancées importantes qu’il ne s’agit pas de les nier. Mais dans de nombreux établissements, elle reste souvent fragmentée, ponctuelle ou limitée à quelques projets ou éco-gestes.
Nous proposons d’aller plus loin avec l’idée d’« écologisation de l’école ». Les enjeux écologiques ne peuvent pas être traités uniquement dans le contenu des programmes, ils doivent aussi interroger les pratiques pédagogiques, l’organisation des établissements et la place de l’école dans la société.
L’écologie pose en effet des questions profondément politiques et éthiques de justice sociale, d’inégalités environnementales, de choix de société ! L’école doit être un espace où ces questions peuvent être discutées, analysées et débattues. Elle devient alors un lieu d’apprentissage de la démocratie et de la responsabilité collective.
Pourquoi insistez-vous sur la dimension territoriale de cette transformation ?
Parce que l’école ne peut pas évoluer en vase clos. Elle est profondément liée à son territoire.
Les collectivités locales, les associations, les familles, les élèves, les équipes éducatives, et les acteurs économiques sont des partenaires essentiels pour construire des projets éducatifs durables. Les initiatives autour de la biodiversité, de l’alimentation, de l’énergie ou de l’aménagement des espaces scolaires prennent souvent tout leur sens lorsqu’elles sont ancrées dans la réalité locale.
Nous insistons, dans un chapitre entier du livre, également sur l’idée de « territoires à hauteur d’enfant ». Il s’agit de penser les villes et les espaces de vie en prenant en compte les besoins et la place des enfants. Cela ouvre des perspectives nouvelles pour les politiques éducatives et pour les projets d’école.
Les élèves peuvent-ils eux aussi devenir acteurs de cette transformation ?
Oui, et c’est même indispensable. Les élèves ne doivent pas être seulement destinataires des actions éducatives, ils doivent en être des acteurs.
Les éco-délégués, par exemple, jouent un rôle important. Ils peuvent porter des projets, sensibiliser leurs camarades, participer à des instances de décision et contribuer à la transformation de la vie de l’établissement. Cependant leur engagement doit être réel. Si on leur confie des responsabilités sans leur donner de moyens d’agir ou d’écoute, on risque de transformer leur enthousiasme en frustration. Lorsqu’ils sont accompagnés par les équipes éducatives, les élèves peuvent devenir de véritables moteurs de la transition écologique dans les établissements.
Quel message souhaitez-vous adresser aux enseignants avec ce livre ?
Ce livre se veut à la fois une réflexion et une boîte à outils. Nous ne proposons pas un modèle unique d’école écologique, mais des pistes pour ouvrir des possibles.
De nombreuses initiatives existent déjà dans les écoles : jardins pédagogiques, classes dehors, projets territoriaux, démarches participatives… L’objectif est de les mettre en perspective et de montrer qu’elles participent d’un mouvement plus large.
L’écologisation de l’école ne se décrète pas. Elle se construit collectivement pour préparer les jeunes générations non seulement à comprendre les crises de notre époque, mais aussi à inventer des manières plus justes et plus durables d’habiter leur planète.
Une école réellement écologique serait d’abord une école qui aurait intégré les enjeux écologiques au cœur de son projet éducatif, et pas seulement dans quelques projets ponctuels. Les questions environnementales seraient abordées dans les enseignements, mais aussi dans les manières d’apprendre, d’organiser la vie de l’établissement et de penser les espaces scolaires.
Ce serait une école ouverte sur son territoire. Les élèves y apprendraient à comprendre les écosystèmes qui les entourent, à observer leur environnement et à participer à des projets concrets liés à la biodiversité, à l’alimentation ou à l’aménagement des espaces.
Une école écologique serait une école qui reconnecte les enfants au monde du vivant. Cela peut passer par des pédagogies actives, la coopération et l’expérimentation, par l’école dehors, par des espaces scolaires végétalisés ou par des projets en lien avec la nature. L’objectif n’est plus seulement de sensibiliser les élèves, mais de leur permettre de comprendre les interrelations avec le monde vivant.
Au fond, une école écologique est une école qui prépare les jeunes à habiter la planète de manière plus responsable, plus solidaire et plus consciente des limites et des fragilités de nos écosytèmes.
Entretien réalisé par Djéhanne Gani
https://esf-scienceshumaines.fr/education/522-lecole-au-coeur-de-la-transition-ecologique.html
