Nathalie Pérez : Ecrivor en 2de
Nathalie Pérez présente une instructive expérimentation menée en 2de sur 3 séances. Le travail porte sur l’apprentissage du commentaire et de la dissertation. « L’enjeu, explique l’enseignante, est de briser le cycle du « corrigé » ignoré par l’élève », qui « grâce aux conseils personnalisés et immédiats (feedbacks) » est ici amené à « retravailler son texte en corrigeant ses erreurs au fur et à mesure pour passer d’une version 1 à une version 2 enrichie. »
Le bilan est positif par certains aspects : motivation renforcée ; modification du rapport à l’erreur ; plaisir de réécrire ; aide au respect des normes qui permet de se concentrer sur le fond ; développement possible d’une posture critique par rapport aux propositions de l’IA. Le texte, souligne Nathalie Perez, est perçu par l’élève comme « matière malléable » : « Le numérique lève les réticences face à la correction. La réécriture devient un « droit à l’essai » et non une punition. » Le rôle de l’enseignant·e peut aussi se déplacer : « L’IA devient un tuteur de premier niveau, disponible pour tous, en simultané ; l’enseignant se consacre aux difficultés les plus complexes. »
Mais le dispositif trouve ses limites. L’élève rectifie son orthographe plus aisément qu’il n’améliore sa syntaxe. Iel tend à rechercher la validation technique, à « satisfaire l’algorithme », plutôt qu’à déployer une véritable réflexion d’auteur·e pour approfondir les contenus ou améliorer le style. L’IA « est un excellent assistant pour la norme, mais l’enseignant reste le seul garant de l’exigence de la pensée complexe » : son accompagnement dans l’activité demeure essentiel.
Le bilan est donc nuancé : se développe une « posture de réécriture », mais « l’outil n’est pas une baguette magique : le transfert hors numérique reste un chantier de longue haleine, qui appelle un accompagnement continu. »
Aurélie de Mathéis : Ecrivor en 5e
Aurélie de Mathéis a quant à elle expérimenté Ecrivor en 5e. La plateforme parait intéressante pour tenter de résoudre le problème des rétroactions, plus ou moins efficaces, sur une production d’élève : « Dans le cadre d’un exercice d’écriture mené en classe entière, l’individualisation des retours demeure difficile : le plus souvent, l’enseignant collecte les brouillons et les annote. Ces annotations, concentrées sur un même support, mêlent alors corrections linguistiques, remarques portant sur le contenu et conseils méthodologiques. Le brouillon peut ainsi se retrouver surchargé, au risque de déstabiliser l’élève et de nuire à la compréhension des attentes, plutôt que de favoriser une réelle progression. » Le travail est ici mené dans le cadre de l’étude de l’album Les derniers géants de François Place : pour travailler la lecture d’image, les élèves doivent rédiger une suite de texte à partir de ses illustrations.
« Ecrivor, constate l’enseignante, propose trois gestes de révision du texte : supprimer, modifier et ajouter. L’analyse du tableau de bord et des copies d’élèves montre que tous ne se sont pas saisis des aides de la même manière. Certains n’y ont consacré que quelques minutes, tandis que d’autres se sont pleinement engagés dans l’activité. »
Quel bilan en tirer ? Ecrivor « favorise un épaississement du texte, sans pour autant permettre une réécriture complète ». Si « un véritable travail de brouillonnement » se déploie, il n’en reste pas moins que « certains élèves, les plus fragiles dans la discipline, associent la révision du texte à la seule correction de la langue. » Sans doute, pour mieux exploiter les possibilités de l’outil, conviendrait-il alors d’expliciter davantage les attentes et les consignes ?
Aurélie de Mattéis suggère de prolonger le travail mené sur la plateforme : « un temps de métacognition pourrait être mis en place afin de permettre aux élèves d’observer leur texte initial, les modifications apportées au fil de la révision et, ainsi, d’analyser leur propre démarche d’écriture. Il serait également intéressant de proposer une troisième phase de travail, au cours de laquelle les élèves seraient invités à rédiger, sur feuille, la version finale de leur texte, afin d’observer s’ils font encore évoluer leur production en dehors de l’outil numérique. »
Quelle leçons ?
Les expériences menées restent à compléter, adapter, à developper sur un temps long : peut-être un usage régulier de la plateforme Ecrivor aiderait-il les élèves à mieux s’en approprier sur la durée les enjeux et les possibles ?
Elles n’en restent pas moins instructives.
Si l’on s’en empare pédagogiquement, l’IAG peut cesser d’être perçue comme une arme de destruction massive de l’écriture et même devenir un outil d’acculturation aux plaisirs et enjeux de la réécriture.
Cela suppose de ne pas céder à la tentation d’un solutionnisme numérique qui amènerait à s’illusionner sur les pouvoirs miraculeux de la technologie, à croire que celle-ci peut se suffire à elle-même. Il est précieux de percevoir combien la machine ne peut remplacer l’enseignant·e : son accompagnement reste, on le voit, essentiel ; il mérite même d’être transformé et enrichi pour que le « gardien du code » (rôle facilement dévolu à l’IA) développe davantage à l’égard du texte de l’élève une « posture de critique » (Jean-Luc Pilorgé, 2010).
Les expériences ici menées tracent des perspectives de travail par les limites qu’elles éclairent et les prolongements qu’elles appellent. Il devient envisageable de faire découvrir aux élèves « ce qui différencie, de manière peut-être ténue mais absolument fondamentale, un écrit machinique d’un écrit humain ». Il devient nécessaire d’inventer et déployer des dispositifs, en particulier collaboratifs, pour aider l’élève à se construire aussi comme sujet auteur tant « apprendre à écrire, ce n’est pas seulement acquérir et maîtriser des compétences scripturales – graphiques, syntaxiques, grammaticales et stylistiques –, c’est nouer cet ensemble de savoir-faire dans « l’intention d’écrire » », « c’est transformer les contraintes de la langue en ressources pour la pensée » (Philippe Meirieu, 2025).
Chantier ouvert !
Jean-Michel Le Baut
Expérience de Nathalie Perez en 2de
Expérience d’Aurélie de Mattéis en 5e
Compte rendu au séminaire IAN lettres 2026
Ecrivor dans le Café pédagogique
