Moyens, classes encore chargées malgré la baisse démographique
« À l’école élémentaire la dépense publique d’éducation par élève apparaît inférieure à la moyenne de l’OCDE », relève le rapport du Haut-commissariat à la stratégie et au plan publié lundi 31 août 2026. Il rappelle que la France fait également partie des pays européens qui comptent le plus d’élèves par enseignant, « à l’école comme au collège ». Ainsi, en 2023, les classes du primaire comptaient en moyenne 21,5 élèves et au collège 25,8 élèves. Dans le premier degré, les effectifs ont diminué de 9 % entre 2015 et 2025 et devraient encore reculer de 15 % entre 2025 et 2035. Dans le second degré, la baisse attendue est de 13 %.
Que faire de la baisse du nombre d’élèves ?
Le Haut-commissariat propose de ne pas considérer la baisse des effectifs comme une simple opportunité de réduire les dépenses : une partie des marges dégagées pourrait être utilisée pour diminuer la taille des classes, notamment dans le premier degré et en ciblant les élèves les plus en difficulté : « une partie des marges de manœuvre liées au recul des effectifs scolaires pour poursuivre une baisse ciblée de la taille des classes ».
Une partie de ces marges pourrait également financer la revalorisation des enseignants, en particulier là où les difficultés de recrutement sont les plus fortes.
La France réforme-t-elle trop ?
« Enfin, les réformes scolaires se succèdent en France à un rythme élevé. » Le rapport s’attaque à l’instabilité des politiques éducatives. Si les réformes successives ont des effets sur les enseignants, elles en ont aussi sur le fonctionnement de l’institution pour le Haut-commissariat à la stratégie et au plan. Cette instabilité laisse notamment peu de temps à l’encadrement pour assurer « l’animation pédagogique et l’accompagnement au long cours des enseignants ».
« La France réforme beaucoup son éducation nationale, sans doute trop souvent. »
Évaluer avant de changer de cap
Pour le Haut-commissariat, toute réforme devrait être pensée dès son lancement pour permettre une véritable évaluation de ses effets.
Une recommandation demande de « mettre en œuvre les réformes et les nouveaux dispositifs de façon à les rendre évaluables, notamment du point de leurs effets sur les résultats des élèves », et une autre de « rendre publics les résultats des évaluations ».
Le rapport insiste sur le temps nécessaire à l’évaluation : « on ne devrait pas pouvoir changer de cap avant d’avoir évalué les effets des politiques menées jusqu’ici ».
L’enjeu est donc de passer d’une succession de dispositifs à une politique éducative davantage fondée sur les résultats observés.
Le « faire » a-t-il pris le pas sur l’« apprendre » ?
« Il se peut que le balancier soit allé trop loin du côté de l’activité, du “faire”, délaissant un peu la transmission et l’“apprendre” ». Et de citer des pratiques susceptibles de favoriser un ancrage durable des connaissances : « traces écrites riches et structurées, ré-explications, exercices et entraînements permettant de créer des automatismes, répétitions nécessaires à la mémorisation à long terme ». Pour les auteurs du rapport, ces pratiques favoriseraient la consolidation et la mémorisation.
Evaluer les manuels ?
Autre proposition : mieux évaluer les manuels scolaires et leurs « orientations didactiques ». Selon le rapport, les enquêtes menées en classe montrent que « les manuels dictent dans une grande mesure les pratiques des enseignants ».
De poursuivre, la qualité des ouvrages et leur orientation didactique sont variables en précisant que la France ne dispose pas de système de certification de la qualité des manuels comme au Portugal ou au Japon. Le rapport ne propose pas nécessairement une labellisation mais envisage plutôt qu’une commission de spécialistes et d’enseignants « propose une évaluation de la qualité des manuels proposés selon différents critères » en français, mathématiques et sciences.
Faut-il spécialiser les professeurs des écoles ?
Le rapport remet également en question la séparation traditionnelle entre l’école primaire et le collège. En France, les professeurs des écoles sont polyvalents tandis que les enseignants du collège sont spécialisés. Or cette organisation, estime le rapport, « n’a pourtant rien d’évident ou de naturel ». Il propose donc d’expérimenter « un certain degré de spécialisation des professeurs des écoles ». Cette spécialisation pourrait porter sur un cycle d’apprentissage ou une discipline et être reconnue par une certification. La recommandation précise qu’il faudrait le faire « sans remettre en cause le principe général de polyvalence ».
Quatre jours : une exception française
Le rapport évoque aussi « la durée exceptionnellement longue des journées d’école que les élèves français doivent affronter ». La question des rythmes scolaires constitue l’une des propositions les plus directement susceptibles de modifier l’organisation quotidienne de l’école. Le volume annuel d’instruction est élevé rappelle le rapport avec 864 heures au primaire, contre 730 en moyenne européenne, et 973 heures au collège, contre 851.
Mais ces heures sont concentrées sur peu de jours : à l’école élémentaire, la semaine de quatre jours est en vigueur dans 93 % des communes. Le rapport souligne qu’elle est « unique parmi les pays de l’OCDE », où l’organisation sur cinq jours ou quatre jours et demi est majoritaire. Le Haut-commissariat recommande donc de changer de rythme pour « viser une organisation des semaines de cours sur la base de quatre jours et demi au minimum ».
Une transformation plutôt qu’une nouvelle grande réforme ?
Pas de réforme préconisée mais des recommandations … qui dessinent une transformation. Un point commun : une exigence d’évaluation, après celle des élèves, celle des réformes, des manuels et bientôt des personnels ? avec un pilotage pédagogique renforcé, sous couvert d’accompagner les enseignants, n’est-ce pas rogner sur la liberté pédagogique ?
Djéhanne Gani
